Cameroun : le minpmeesa et le Gecam veulent cesser de « fabriquer l'informel »

Réunis ce mercredi 04 novembre 2026 au siège du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), à Douala, le patronat et le ministère des petites et moyennes entreprises, de l'économie sociale et de l'artisanat (minpmeesa), conduit par Achille Bassilekin III, ont arrêté des recommandations pour accompagner les acteurs de l'informel vers une économie plus productive. Une feuille de route 2027-2030 doit les traduire en actes.

Des commerçants de marché, des banquiers, des inspecteurs des impôts, des maires et de grands donneurs d'ordres dans la même salle : la concertation nationale du 04 novembre 2026 avait de quoi surprendre. Elle a surtout permis de poser une question de fond. Comment rendre la formalisation avantageuse plutôt que redoutée ?

Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. Selon les termes de référence de la rencontre, le Cameroun compte 3,7 millions d'unités de production informelles, contre un peu moins de 600 000 unités formelles. Près de 97 % d'entre elles ne sont pas inscrites au registre du commerce. Le président du Gecam, Célestin Tawamba, s'appuie sur l'Institut national de la statistique : l'informel produit plus de 40 % de la richesse nationale et concentre 52 % des emplois non agricoles, contre 5,1 % pour le privé formel.

Pour M. Tawamba, rester dans l'informel relève d'un calcul rationnel. Les unités informelles ne s'acquittent que de 1,3 % de leur valeur ajoutée en impôts, et seuls 12,6 % de leurs promoteurs se disent prêts à s'immatriculer. « Nous ne demandons pas que l'on aille chercher l'informel. Nous demandons que l'on cesse de le fabriquer », a-t-il lancé. Il a distingué l'informalité de nécessité, qui relève du développement, de la soustraction organisée à l'impôt, que le Gecam dénonce.

« Changer le regard » : le ministre en première ligne

Face à Célestin Tawamba, le ministre Achille Bassilekin III a défendu une approche constructive. Il préfère parler de « secteur productif » plutôt que de « secteur informel », convaincu que l'on ne finance pas un secteur étiqueté comme tel. « Il est nécessaire de saisir les opportunités et d'explorer comment valoriser la capacité de ces acteurs », a-t-il expliqué, saluant un projet préparé depuis environ quatre ans. 

Selon le membre du gouvernement, ce secteur fournit près de 90 % des emplois du pays, et ceux qui sont longtemps restés en marge de la création de richesse sont désormais au cœur du plan d'action de son département ministériel.

Ce discours trouve un écho chez le patron des patrons camerounais. « Il n'est plus possible de l'évaluer uniquement à travers sa contribution fiscale », a ajouté M. Tawamba, pour qui la question relève du développement plutôt que de la formalité administrative.

Du dialogue aux décisions

Trois ateliers ont planché sur la fiscalité, la structuration des filières et le financement. Leurs conclusions ont été présentées en plénière, puis le communiqué final a été lu par la directrice exécutive du Gecam. Le ministre et le président du Gecam l'ont signé ensemble. Ministères, partenaires institutionnels et Gecam se partageront le suivi des recommandations.

Reste l'essentiel, que M. Tawamba avait posé d'emblée : chaque proposition doit dire qui la porte, dans quel délai et sous quelle forme. C'est à cette condition que la feuille de route 2027-2030 cessera d'être un vœu.

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