Cameroun : Junior Haussin dédicace “Je suis nègre mais les Noirs ne m'aiment pas“, un roman contre la dépigmentation
Ce samedi 03 octobre 2026, à Béédi arrondissement de Douala 5ème, le journaliste Junior Haussin a dédicacé son roman publié aux Éditions Éclosion. Universitaires, éditrice et poètes ont questionné le complexe du teint clair, la dépigmentation et le rapport des Africains à leur identité.
À Du Vaal International School, la salle a fait le plein. Journalistes, avocat, jeunes passionnés de belles lettres, enfants de l'auteur et député du Nkam, l'Hon. Samuel Dieudonné Moth, se sont pressés pour la dédicace d'un livre qui dérange et qui interroge.
Paru en 2025, l'ouvrage met en scène Asakya et Mabanckou, confrontés aux moqueries et à la pression sociale liées à leur peau noire. Le premier recourt au blanchiment, le second choisit l'acceptation de soi. Lionel Akosso, dans sa note de lecture, y voit un « roman chorale » où les deux protagonistes ne confisquent pas le récit.
Pour lui, l'Afrique ne se construit pas sur la couleur de peau. L'Hon. Moth juge, lui, que l'heure n'est plus à stigmatiser la dépigmentation, mais à sensibiliser.
« On est les seuls qui n'aimons pas ce qu'on fait »
Le Dr Christian Mouandjo, enseignant-chercheur en SIC, y lit une crise identitaire : les Africains peinent à percevoir leur identité et, partant, leur peau noire. Selon lui, l'auteur pose un problème global. « On est les seuls qui n'aimons pas ce qu'on fait », lâche-t-il.
Serges Hermann Tchuitcha, de son côté, s'interroge : comment se mirer sans s'aimer, et qu'est-ce qui définit la beauté ? Il invite à aimer sa peau plutôt que de « tromper la société », et rappelle qu'à l'ère de l'IA, l'écrivain doit donner une âme à son texte.
Le « djansang », un enjeu de santé mentale
Le « djansang » est aujourd'hui « un véritable problème de santé mentale », souligne Junior Haussin : se décaper la peau, c'est s'abîmer physiquement, mais aussi perdre confiance et estime de soi. « Il faudrait qu'on apprenne à s'aimer soi-même », plaide l'auteur, qui assure n'avoir jamais pensé à lui en écrivant.
Pour Christelle Noah, DG d'Éclosion, le sujet est « éternel » et « ruine véritablement la jeune femme et la jeune fille africaine ».
Disponible en 374 pages au prix de 10 000 FCFA, le roman n'entend pas consoler. Pour son auteur, la littérature doit parfois déranger, afin de regarder la société autrement. À Béédi, ce samedi, le miroir a été tendu : reste à chacun de oser s'y voir.






