À Douala, le Pr Bruno Bekolo Ebé fait de la prison un livre de lumière et de réparation

Dans la capitale économique du Cameroun, la littérature a pris mardi 28 avril 2026 les accents d’une confession, d’un cri retenu et d’une victoire morale. Dans la salle Saint Pierre Favre du Collège Libermann, le Pr Bruno Bekolo Ebé a dédicacé “De l’autre côté du mur. La prison me fut une grâce”, un ouvrage publié chez L’Harmattan Cameroun qui a drainé un public dense, mêlant universitaires, étudiants, journalistes et acteurs politiques.

Après Yaoundé, Douala a offert à ce livre un second baptême, plus populaire encore, presque fiévreux, et faisant même couler des larmes dans la salle. Car ce fut traversée de l’épreuve pour le Pr Bekolo Ebé. Le livre du président de la Société camerounaise des agrégés, fort de 682 pages, se lit comme la chronique d’une chute, d’une traversée et d’une reconquête de soi.

L’ancien recteur de l’Université de Douala, de 2003 à 2012, y revient sur son arrestation en mars 2018, sa longue détention à la Prison centrale de Kondengui et l’issue judiciaire qui l’a finalement blanchi le 24 mai 2023. Loin du simple récit judiciaire, l’ouvrage prend la forme d’une méditation sur l’injustice, la résistance intérieure et la manière de rester debout lorsque tout semble s’effondrer.

Dans sa note de lecture, le Pr Thérèse Oum Ngouem salué un texte où l’épreuve carcérale devient matière à réflexion, à mémoire et à dignité. Le Pr Hervé Magloire Moneboulou Minkada, lui, a apporté à la cérémonie une lecture savante et vivante, nourrie d’anecdotes, qui a contribué à faire ressortir l’épaisseur humaine du témoignage.

Le verbe contre l’effacement

Au cœur de son intervention, le Pr Bruno Bekolo Ébé a opposé la force du verbe à la violence de l’étiquette. Le mot de « voleur de la République », dit l’éminent économiste camerounais, l’a marqué comme une blessure qui ne se referme pas aisément, parce qu’il efface en un trait des décennies de service, d’enseignement et de vocation. Il a aussi évoqué la mort de son épouse pendant sa détention, la maladie, les hospitalisations et cette expérience nue du temps carcéral qui use le corps autant qu’elle éprouve l’âme.

Mais le livre de ce professeur titulaire d’université refuse l’apitoiement. Il se tient plutôt à hauteur d’homme, avec cette volonté de transformer la douleur en transmission. L’auteur dit avoir écrit pour démontrer qu’il est possible de résister, de garder la tête hors de l’eau et de traverser la nuit sans se renier. C’est là que l’ouvrage dépasse la seule autobiographie pour rejoindre la littérature du témoignage, celle qui ne raconte pas seulement une vie, mais éclaire une condition humaine.

Un livre pour tous

En refermant cette dédicace, Douala n’a pas seulement célébré un auteur ; elle a accueilli une parole de survie, de pardon et de lucidité. “De l’autre côté du mur” s’impose ainsi comme un texte de réparation, mais aussi comme une adresse à tous ceux que la justice, la maladie ou l’adversité placent un jour au bord du vide. Le récit du Pr Bekolo Ebé n’y cherche pas l’excuse : il y cherche la vérité, la hauteur et, peut-être, une forme de paix.

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