“Le Roi Madola” : un livre pour ne plus jamais oublier un souverain martyr

Exécuté par pendaison le 08 août 1914 dans le Sud-Cameroun après avoir défendu son peuple, le roi Madola ma Dimalè a eu droit vendredi 12 juin 2026, à Douala à une cérémonie de réhabilitation solennelle. Un ouvrage au nom du souverain, et du promoteur le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, de 239 pages, a été dédicacé officiellement.

Il y a des livres qui naissent d’une ambition. Et il y en a d’autres qui naissent d’une dette. Celui que Gabriel Betenye a porté pendant des années sur le roi Madola ma Dimalè appartient résolument à la seconde catégorie. Fils Batanga lui-même, c’est au Festival de Cannes que le déclic s’est produit. Face aux images d’un documentaire retraçant le parcours du souverain, l’évidence s’est imposée : « le roi Madola méritait mieux ». De ce sentiment d’injustice mémorielle est né un projet exigeant — des mois de recherches, des sources locales dépouillées, des archives allemandes à peine déchiffrables, un travail accompli bénévolement. « Ce n’est pas moi qui ai fait ce livre. Ce livre m’a fait », confie le concepteur en chef de l’ouvrage.

La cérémonie s’est ouverte par une prière et une bénédiction assurées par le Rév. Njole Justin Claude, avant un moment de recueillement et d’hommage rendu à Serge Pouth, réalisateur du film documentaire “Roi Madola”, porté par Berthe Mbala, représentant le directeur général de la Crtv, Charles Ndongo. Le programme a ensuite laissé place aux extraits du film et du livre commémoratif, projetés en salle, puis aux interventions culturelles du groupe Mangando, qui a rythmé l’événement d’un intermède et d’une scénette en langue du terroir. Le Pr Ngando Ebele, promoteur du Festival International du Film Panafricain, a également témoigné par visioconférence, soulignant la résonance continentale d’une telle démarche de réhabilitation.

L’ouvrage est structuré en cinq parties et 239 pages. Il y retrace le destin d’un homme exécuté à seulement 52 ans, et qui régna sur la côte camerounaise de Kribi de 1879 à 1914, pour avoir défendu les intérêts de son peuple face à la puissance coloniale. Son nom complet — Madola ma Dimalè, soit « Madola le fils de Dimalè » — résonne comme une généalogie et un programme. La note de lecture, assurée par le journaliste culturel Frank Jam, a précédé la leçon inaugurale du Pr Prince Kum’a Ndumbe III, fondateur des Éditions AfricAvenir, temps fort intellectuel d’un programme de 14 séquences minutieusement orchestrées. Le livre est vendu à 30 000 FCFA.

Dans la salle : la reine Sa Majesté Gaëlle Michelle Mahouve, du peuple Batanga, des autorités administratives du Littoral, l’État-major régional et des élus municipaux de Douala. Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, promoteur de l’ouvrage, a annoncé la création d’une Fondation Madola et une prochaine dédicace à Kribi le 11 juillet 2026. Il a été rappelé que la projection du documentaire avait coïncidé avec la crise post-électorale d’octobre 2025 : « Nous avons eu le sentiment que, une fois de plus, l’histoire voulait se jouer de nous pour masquer ce rayonnement. »

Les témoignages ont porté la même charge. Rosette Ivaha, revenue de Cannes, a dit voir dans le roi un ferment d’unité pour un peuple Batanga encore fragmenté en cantons. Elvira Moukoko, fille Sawa et cadre au Port Autonome de Douala, a inscrit l’événement dans la longue lignée des rois résistants — Charles Atangana, Rudolf Douala Manga Bell — avant de conclure : « Nous valorisons aujourd’hui Madola pour montrer encore une fois que nous avons une histoire, et que nous la portons très haut. »

Réhabilitation historique, acte identitaire, résistance mémorielle — la dédicace du livre ”Le Roi Madola” s’est affirmée comme bien plus qu’un événement littéraire. C’est un peuple qui se raconte à lui-même, pour mieux se tenir debout.

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