SACII 2026 : Yaoundé mise sur l'immigration qui rapporte
4ème édition ouverte à l'Hôtel Franco sous le thème "Investir dans le capital humain et innovation : l'immigration sûre comme moteur de transmission Afrique-Canada" - Le virage économique est acté
Le ton a changé. Ce mercredi 7 octobre 2026, l'Hôtel Franco de Yaoundé n'a pas abrité un salon de plus sur le visa. Il a abrité un conclave économique. La 4ème édition du Salon Afrique-Canada Immigration et Investissement (SACII), organisée par Akwaba Community et le Haut Conseil des Camerounais de l'Extérieur, a ouvert ses portes sous le haut parrainage du Pr Laurent Serge Etoundi Ngoa, Ministre de l'Éducation de Base.
La table prestige, dressée devant une nappe à motifs royaux, résumait à elle seule l'ambition : S.E. Mme Marie-Claude Harvey, Haut-Commissaire du Canada au Cameroun, le représentant du Pr Etoundi Ngoa, le représentant d'Akwaba Community, Dr Samuel Dongmo, Président du Haut Conseil des Camerounais de l'Extérieur, la Sénatrice Françoise Puene, Miss Cameroun 2026, des chefs d'entreprises, des banquiers et des porteurs de projets. Cinq jours de travaux, jusqu'au samedi 12 octobre, pour répondre à une question : comment faire de l'immigration un levier d'investissement, et non une fuite ?
Dr Samuel Dongmo : "La migration circulaire, pas la fuite"
C'est Dr Samuel Dongmo qui a déroulé le volet économique, colonne vertébrale de cette édition. Son discours a tranché avec les vendeurs de rêves.
"Nous ne sommes pas là pour encourager les gens à partir. Nous sommes là pour clarifier l'immigration", a-t-il martelé devant une salle comble. "Il y a une confusion totale. Certains pensent que l'immigration est une mauvaise chose parce que les gens partent. D'autres pensent que c'est une bonne chose. Et puis il y a l'immigration illégale avec ses drames. Nous, nous disons : si vous partez, partez préparé, dans la légalité, dans des conditions dignes."
L'homme, qui revendique trente ans de vie aux États-Unis tout en circulant au Cameroun, défend ce qu'il appelle la migration circulaire : acquérir des compétences à l'extérieur et revenir bâtir la Nation. C'est le sens du thème 2026 : l'immigration sûre comme moteur de transmission. Transmission de capitaux, de technologie, de normes.
Le message a été renforcé par la Haut-Commissaire Marie-Claude Harvey, très directe : "Beaucoup de gens essaient de vous vendre des visas en vous promettant que si vous leur donnez de l'argent, vous obtiendrez un visa. Ce n'est pas vrai. Personne ne peut garantir l'obtention d'un visa. Le système est en ligne, sur le site officiel du gouvernement du Canada. Faites très attention à ceux qui veulent profiter de vos rêves pour vous soutirer de l'argent."
Le SACII se positionne donc comme un rempart. Il oriente ceux qui veulent partir avec le bon plan, et sécurise ceux qui veulent investir.
Le matchmaking : le cacao qui devient chocolat
Le concret, c'est le matchmaking. C'est la grande innovation économique de cette 4ème édition. Le Haut Conseil a fédéré d'un côté les partenaires locaux - Chambre de Commerce, GECAM, APME, API - et de l'autre, la Fédération des gens d'affaires du Canada et une diaspora estimée à près de 50 000 Camerounais au Canada.
L'objectif : connecter directement le porteur de projet local à l'investisseur de la diaspora.
Dr Dongmo donne l'exemple qui a fait mouche dans la salle : "Prenons un jeune agriculteur qui a entendu parler d'import-substitution et qui veut produire du cacao et le transformer, mais il n'a pas les moyens pour la transformation. Nous faisons appel à des investisseurs canadiens qui s'associent à ce jeune. Ils apportent la technologie, le cacao est transformé localement, et le Canada ouvre son marché du chocolat à ce jeune investisseur. C'est ça, du concret. C'est pour du concret que nous sommes venus."
On ne parle plus de partir cueillir des fraises au Canada. On parle de produire du chocolat à Obala avec une technologie canadienne et de le vendre à Toronto.
Puene et Miss Cameroun : l'immigration responsable et la femme au centre
Moment fort de la cérémonie, les voix féminines de la table prestige ont apporté une autre dimension.
La Sénatrice Françoise Puene a salué l'initiative tout en appelant à une immigration responsable. Pour elle, partir ne doit pas être un acte de désespoir, mais un projet structuré qui protège, notamment les jeunes femmes. Dans un mot fort, elle a lié cette responsabilité à la lutte contre les féminicides et les violences faites aux femmes sur les routes migratoires clandestines. "Une femme qui part sans préparation, sans encadrement légal, est une proie. L'immigration responsable, c'est aussi protéger nos filles", a-t-elle insisté sous les applaudissements.
Même ligne pour Miss Cameroun 2026, qui a porté le message auprès de la jeunesse : l'immigration responsable comme modèle. Pas de fuite, mais un parcours d'excellence où la femme camerounaise a un rôle économique à jouer, ici ou dans la diaspora.
Et après le 12 octobre ? Le Hub du Canada
Pourquoi revenir encore à Yaoundé pour une 4ème édition ? La réponse de S.E. Marie-Claude Harvey : "Le Canada est la 11ème province des Camerounais. Près de 50 000 ressortissants y vivent et ce chiffre augmente chaque année. Il était important de revenir ici pour sensibiliser les jeunes et éviter qu'ils ne se fassent arnaquer par des charlatans."

Et pour que le salon ne s'arrête pas aux discours, Akwaba et le Haut Conseil ont prévu la suite : le Hub du Canada. Présenté comme le bras opérationnel du SACII, il prendra le relais après le 12 octobre pour suivre toutes les intentions d'affaires, les projets de départ légal et les dossiers d'investissement nés pendant le salon.
À l'Hôtel Franco, le pacte est scellé. Le SACII 2026 ne sera plus le salon de ceux qui veulent fuir. Il sera celui de ceux qui veulent bâtir.






