Affaire Martinez Zogo au Cameroun : ce qui s’est réellement passé à l’audience du Tribunal militaire

Contrairement aux informations relayées depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux par certains lanceurs d’alerte, notamment Paul Chouta et Rémy Ngono, aucun des faits annoncés ne se serait produit ce jour au Tribunal militaire de Yaoundé dans le cadre de l’audience relative à l’affaire Martinez Zogo.

Selon les éléments présentés au cours des débats, l’expert judiciaire, le Pr Bell Bidjoka, a indiqué avoir découvert une vidéo stockée dans le compte Google d’un suspect identifié comme Godjé. D’après les explications fournies devant la barre, c’est Justin Danwe, alors directeur des opérations à la DGRE au moment des faits, qui aurait demandé à Godjé de solliciter Clément Ebo’o afin qu’il filme ce qui était présenté comme « la souris », en référence à Martinez Zogo.

Toutefois, l’expert a été formel sur un point : selon les résultats de son exploitation technique, ce n’est pas Clément Ebo’o qui a filmé cette vidéo.

Le Pr Bell Bidjoka a par ailleurs précisé qu’après exploitation des téléphones des membres présumés du commando, aucune vidéo n’avait été retrouvée sur les appareils analysés. Ce n’est qu’à travers l’exploitation du compte Google du nommé Godjé que ces séquences auraient finalement été découvertes.

Les vidéos ont été diffusées au cours de l’audience et, selon plusieurs observateurs présents dans la salle, elles étaient particulièrement choquantes.

S’agissant des informations circulant sur une implication supposée de Jean-Pierre Amougou Belinga, l’expert Bell Bidjoka a été catégorique dans les conclusions de son rapport d’expertise. Après analyse des téléphones, des conversations avec Justin Danwe, des disques durs, des clés USB ainsi que de l’ensemble des éléments mis à disposition par la commission mixte police-gendarmerie, aucun élément technique ne permettrait d’établir un lien direct ou indirect entre Jean-Pierre Amougou Belinga et l’affaire Martinez Zogo. L’expert affirme notamment qu’aucune conversation liée au dossier n’a été retrouvée dans les appareils examinés.

Des conclusions similaires auraient été présentées concernant Bruno Bidjang. Selon l’expert, les comptes iCloud, Yahoo, Facebook, les SMS, WhatsApp ainsi que les téléphones mis à sa disposition auraient été minutieusement analysés, sans qu’aucun élément ne permette de le relier directement à l’affaire Martinez Zogo.

Les mêmes conclusions auraient également été retenues concernant Maxime Eko Eko.

L’audience a finalement été suspendue à la demande de la partie civile, afin de lui permettre de procéder à sa contre-interrogation (« cross-examination ») de l’expert, lors de la reprise des débats prévue demain./-

Par AUGUSTIN MENKEM

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