Grand-Souza : un roi est né hier sous le regard des ancêtres

Hier, 30 mai 2026, le village de Grand-Souza (Moungo) a retenu son souffle. Après des années d’attente, Sa Majesté NGALLE Christian a été intronisé chef traditionnel. Une cérémonie où les tam-tams ont parlé plus fort que les mots, et où la sagesse des anciens a scellé l’alliance entre la terre et le ciel.

Grand-Souza n’est pas un village comme les autres. Niché à une quarantaine de kilomètres de Douala, au cœur du pays Bankon, il a vécu hier une journée qui restera gravée dans la mémoire des hommes et des générations futures. « Un arbre ne tombe pas sans avoir étendu ses racines », a rappelé un notable au lever du jour. Et c’est précisément sur ses racines que s’est appuyé SM NGALLE Christian Frederic pour monrer sur le trône laissé vide par son père, SM MBOME NGALLE Frédéric, parti pour un voyage éternel il y a dix ans.

Un silence chargé d’histoire

Dès les premières lueurs, le village a tremblé — non de peur, mais d’émotion. Les tambours d’appel ont couvert la brousse matinale, comme pour réveiller les ancêtres. « Quand le lion hérite de la savane, il ne rugit pas d’orgueil, mais par devoir », a soufflé une vieille femme coiffée de son pagne à motifs géométriques. Hier, le lion s’appelait Christian.

La veille, des intercessions avaient préparé le sol sacré. Mais c’est hier, sous un soleil de plomb digne des grandes occasions, que le sous-préfet de Fiko, entouré du maire de Bonaléa et d’une foule compacte, a remis les attributs du pouvoir au nouveau monarque. L’instant a été suspendu. Les danseurs patrimoniaux, en sueur et en transe, ont laissé leurs corps dire ce que les mots ne peuvent pas porter.* 

Des larmes et des perles de sagesse

Sa Majesté NGALLE Christian, né en octobre 1949, n’est pas un jeune homme. C’est un manguier centenaire qui a pris racine dans la famille Nsong-Mboulle. Père de plusieurs enfants, il a reçu son trône comme on reçoit un flambeau lors d’une nuit sans lune. En posant sa main sur le siège royal, il a prononcé une phrase qui restera : « On n’hérite pas d’un village, on hérite d’une dette envers ceux qui viendront après. »

Le public, massivement sorti, a salué par des acclamations et des pleurs de joie. Des délégations venues des villages voisins ont apporté des calebasses de vin de palme — symbole de l’alliance scellée. « Le chemin se reconnaît à ses ornières, et le chef à ses cicatrices », a ajouté un sage en désignant les tempes grisonnantes du roi.

Un territoire en mouvement

Grand-Souza n’est pas un archipel oublié. Avec son lycée bilingue, son centre de santé intégré et son centre multifonctionnel de promotion des jeunes, le village avance. Mais hier, c’est à pas lents et rituels qu’il a avancé. Le nouveau chef a promis de conjuguer modernité et coutume, « comme la rivière porte la pirogue sans oublier la source ».

Lorsque le sous-préfet a déclaré officiellement intronisé SM NGALLE Christian, une nuée de colombes a traversé le ciel — certains y ont vu un signe. D’autres ont juste souri, parce qu’à Grand-Souza, la joie n’a jamais besoin de preuve.

La dernière danse n’est pas pour aujourd’hui

Alors que le soleil déclinait sur le Littoral camerounais, les tam-tams ont ralenti le rythme, comme une respiration. Le nouveau chef, debout devant sa case royale, a regardé son peuple. Il n’a pas crié victoire. Il a simplement dit : « La forêt pousse parce que les arbres se souviennent de leurs racines. »

Grand-Souza, hier, a retrouvé son roi. Et les Bankon, leur boussole.

 

Reportage d’Agnès Cendras Chounang

Communicatrice SYNI AV

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