Cacao et forêt : Douala accueille la clôture du projet Capro_TNS, pour réconcilier production et conservation
La capitale économique du Cameroun abrite depuis ce mardi 03 mars 2026 le séminaire de clôture du projet de recherche CAPRO_TNS - Cacaoculture et aires protégées. Uune initiative scientifique portée par la Fondation pour le Tri-National de la Sangha (FTNS) et mise en œuvre par CIFOR-ICRAF dans le cadre du programme RESSAC, avec l’appui de l’Union Européenne.
Pendant deux jours, chercheurs, institutions publiques, acteurs du secteur privé cacao et organisations de la société civile se retrouvent à Douala pour tirer les enseignements de plus de deux années d’enquête sur les liens entre l’expansion cacaoyère et la conservation de la biodiversité au cœur du Bassin du Congo.
Le Tri-National de la Sangha — espace forestier à cheval entre le Cameroun, le Congo et la République Centrafricaine — figure parmi les paysages les plus riches en biodiversité au monde et abrite des aires protégées classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est précisément ce territoire que l’expansion extensive du cacao menace, entre déforestation, fragmentation des habitats et conflits homme-faune. Des données présentées lors du séminaire le chiffrent brutalement : jusqu’à 48 000 hectares pourraient être perdus dans le seul périmètre du Tri-National de la Sangha si la conversion forestière se poursuit à ce rythme.
L’agroforesterie comme voie de sortie
Face à ce constat, le projet CAPRO_TNS — conduit de janvier 2024 à mars 2026 — a exploré les conditions d’une production cacaoyère durable, compatible avec la préservation de la forêt. Ses axes de recherche ont couvert la cartographie de l’expansion cacaoyère, les études socio-économiques, la gouvernance de la filière, le genre et l’inclusion, ainsi que les exigences de certification liées au règlement européen sur la déforestation (EUDR), une réglementation qui pèse désormais sur l’accès des producteurs africains aux marchés européens.
Marie Louise Avana, coordonnatrice adjointe du CIFOR-ICRAF pour le Cameroun et superviseure des activités de l’institution pour l’Afrique centrale, résume l’enjeu avec clarté : « L’objectif de ce projet, c’est vraiment concilier les objectifs de conservation de ce patrimoine mondial de l’UNESCO et la production et l’économie cacaoyère qui représente le fer de lance de la nation. » Elle souligne que le contexte réglementaire mondial rend ce travail particulièrement urgent : « C’est vraiment important à ce moment où nous parlons de la façon de s’assurer que la production du cacao n’affecte pas nos forêts. »
Les résultats préliminaires du projet apportent une piste concrète. « La séquestration du carbone dans les systèmes agroforestiers cacaoyers au niveau du Tri-National de la Sangha était supérieure au stock de carbone dans les forêts secondaires issues de l’agriculture », relève Marie Louise Avana. Une donnée qui plaide pour le développement de systèmes de culture maintenant un couvert arboré dense, à l’image des forêts naturelles. « Ça montre déjà qu’il y a vraiment un intérêt à concilier la culture du cacao et la conservation en passant par l’agroforesterie », conclut-elle.
Le séminaire de clôture du projet de recherche Capro_TNS doit déboucher sur des recommandations stratégiques, présenter des solutions opérationnelles, et des orientations de durabilité destinés aux décideurs et aux acteurs de la filière, dans un contexte où la pression réglementaire européenne et les enjeux climatiques imposent une transformation profonde des pratiques agricoles en zone forestière.






