Gouvernance budgétaire : Dakar accueille le nouveau Bureau régional d’IBP pour l’Afrique francophone
L’International Budget Partnership (IBP) a officiellement lancé, ce mercredi, son Bureau régional pour l’Afrique francophone. Réunis en visioconférence de 14h à 16h30, ministres, institutions régionales et représentants de la société civile ont partagé un même constat : la gouvernance des finances publiques doit devenir un levier de développement inclusif pour les onze pays membres, dont le Cameroun.
Dans son mot d’ouverture, la directrice exécutive d’IBP, Ana Patricia Muñoz, a rappelé que l’organisation collabore avec des partenaires dans plus de 100 pays, avec un objectif constant : des budgets plus équitables, notamment pour les communautés marginalisées. Le Bureau de Dakar, né il y a sept ans, a déjà permis à trois millions de personnes au Sénégal d’accéder à des services publics de meilleure qualité en 2025. Elle a toutefois pointé un chiffre préoccupant : seuls 15 % des pays subsahariens publient aujourd’hui leurs résultats fiscaux.
Néanmoins, des un pays comme le Bénin est cité par plusieurs intervenants comme modèle régional de transparence. Le ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique du Bénin, Rodrigue Chaou, a salué le choix de Dakar pour accueillir ce siège régional, rappelant que la transparence budgétaire reste, selon lui, un chantier permanent. Il a regretté que les bonnes pratiques peinent encore à circuler entre pays.
Représentant le ministre lors du panel, Olympio Gnaho a détaillé les réformes ayant permis au Bénin de se hisser au rang de champion africain de la transparence fiscale, et huitième mondial : un score de transparence porté à 76 points sur 100, une participation citoyenne à 52/100 en 2025, et un contrôle budgétaire passé de 61 à 72 points sur la même période.
Redevabilité et participation citoyenne : des défis persistants
Pour Maleine Amadou Niang, directeur régional d’IBP Afrique francophone, les finances publiques se sont profondément transformées et se trouvent désormais au cœur de la démocratie et de l’action de l’État, avec pour finalité le citoyen. Onze pays composent désormais ce bureau régional. Un constat partagé par Ousseynou Ngom, chargé de programme, Gouvernance et égalité des genres, de la Fondation Hewlett, partenaire de l’initiative, pour qui la gouvernance budgétaire est aussi une question de confiance et d’équité, dans un contexte marqué par la baisse des financements internationaux. Le chef de coopération de la Délégation de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, Marc Buchmann, a de son côté salué les efforts engagés, rappelant qu’une gouvernance économique solide demeure indispensable.
Le Camerounais Charlie Martial Ngounou, président exécutif d’AfroLeadership, a souligné que l’Afrique ne se situe qu’à 16 % en matière de participation citoyenne, appelant les gouvernements à inscrire des espaces de dialogue citoyen dans le calendrier budgétaire, à l’image du Bénin. Habasso Traoré, directeur des finances publiques et de la fiscalité intérieure, de la Commission de l’UEMOA, a salué la généralisation des budgets-programmes dans les États membres et recommandé la tenue des débats d’orientation budgétaire dans les Assemblées nationales africaines au plus tard le 30 juin de chaque année.
Contrôle parlementaire et budgétisation sensible au genre
Président de la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale du Sénégal, l’Hon. Chérif Ahmed Dicko a détaillé les leviers du contrôle parlementaire : examen, amendement et vote du budget, contrôle a priori et a posteriori de l’action gouvernementale, auditions, analyse des rapports budgétaires, questions orales et commissions d’enquête, pour une surveillance plus efficace des finances de l’État.
Au Cameroun, Sophie Boumsong, chef de la Division de la Réforme Budgétaire de la Direction générale du budget du ministère des Finances, a présenté les efforts du pays en matière de budgétisation sensible au genre, affirmant que « le genre n’est pas un budget à part ».
En clôture, Zéneb Touré, chef de division de l’engagement de la société civile et des communautés – AHGC2, à la Banque africaine de développement (BAD), a rappelé que les finances publiques dépassent le simple exercice comptable : chaque dépense engagée doit contribuer au bien-être des populations et servir l’intérêt général, avec une société civile appelée à jouer pleinement son rôle.
Ce lancement marque ainsi le point de départ d’un travail que le Bureau régional pour l’Afrique francophone d’IBP entend mener dans la durée, aux côtés des gouvernements, des institutions de contrôle et de la société civile, pour faire des budgets publics un outil plus transparent et plus redevable dans les onze pays membres.






