Pr Begni Bagagna : « L’année académique est comme l’année fiscale : elle ne se paie pas de moitié »

INTERVIEW. Le premier semestre à la Faculté des sciences juridiques et politiques (Fsjp) de l’Université de Douala tire à sa fin, non sans laisser derrière lui des centaines de requêtes d’étudiants absents des plumitifs. Le Pr Begni Bagagna, chef de la Division des affaires académiques, de la scolarité et de la recherche, ainsi que directeur de la licence professionnelle de fiscalité à ladite Faculté, en identifie les causes : défaillances numériques entre la banque UBA et la cellule informatique de la faculté, paiements incomplets de redoublants, ou encore requêtes égarées par des intermédiaires. Il invite tout étudiant concerné à recomposer en session de rattrapage à titre préventif.

Quel regard portez-vous sur le déroulement du premier semestre, tant sur les plans pédagogique qu’organisationnel ?

« Bien, merci une fois de plus pour tout l’intérêt que vous accordez à notre Faculté. Et bien, pour répondre à cette question, je dirais que le premier semestre tire à son terme. Nous avons effectivement démarré les enseignements le 13 octobre 2025, en raison bien sûr de l’élection présidentielle. Il fallait bien permettre que la campagne et le scrutin se déroulent dans les bonnes conditions. Et cela a permis de rassurer les parents, qui ont compris que les cours devaient démarrer au lendemain seulement de cette élection, dans un climat très apaisé. Aussitôt que l’année académique avait démarré, nous avons ouvert les enseignements, les travaux dirigés et les galops d’essais, pour ne pas parler des contrôle continus.

À l’heure qu’il est, nous avons bouclé les examens de la session normale, nous avons publié tous les résultats, y compris les plumitifs des requêtes. Et nous nous préparons dès demain, mardi 7 avril 2026, à boucler également la phase des examens de rattrapage, qui vont donc démarrer demain pour s’achever vendredi 10 avril. Lorsque nous l’aurons fait, nous aurons définitivement bouclé le premier semestre, qui s’est globalement déroulé dans les bonnes conditions, comme je disais, en termes de cours, en termes de travaux dirigés, en termes d’évaluation, mais également en termes d’accompagnement des étudiants dans leur formation.

Et il ne vous échappe pas qu’au mois de décembre, début décembre, il y a eu l’élection du nouveau bureau de l’Association des étudiants, qui a également été installé dans ces fonctions et qui nous accompagne dans l’encadrement des étudiants, la communication avec les étudiants. On peut donc dire que jusqu’ici, il n’y a pas eu d’incident majeur. Tout se déroule normalement, conformément au calendrier académique, arrêté par M. le ministre de l’État, ministre de l’enseignement supérieur et mis en oeuvre localement par M. le recteur de l’Université de Douala. Donc, la Faculté des sciences juridiques et politiques est en phase avec ce calendrier et est à la page. »

Malgré la publication des plumitifs , on constate toujours des requêtes d’étudiants qui ne sont pas satisfaits. Quelles particulières ont été prises pour permettre le bon développement de ces activités ?

« Oui, absolument. Mais il faut d’abord rappeler que les causes de ce phénomène sont multiples. La première cause est d’ordre technique, c’est-à-dire un problème de fluidité de l’information numérique entre la banque UBA, auprès de laquelle les étudiants s’acquittent de leurs droits universitaires, le Centre de développement du numérique universitaire, l’ancienne DSI qui est située au rectorat, et la cellule informatique de notre faculté. Lorsqu’un étudiant a payé, si nous n’avons pas reçu de manière numérique l’information de son paiement, transmise par UBA à travers le Centre de développement du numérique, il nous sera difficile de publier la note de cet étudiant.

Et donc, il oublie de faire une requête. La deuxième cause, c’est parfois l’étudiant lui-même, surtout le redoublant, qui pense que l’année académique peut se payer de moitié. Non, il n’y a pas de demi-année académique. L’année académique est comme l’année fiscale, c’est-à-dire que même si vous reprenez une seule matière, vous êtes obligé de payer la totalité des droits universitaires. 50 000F plus 3 000 francs de droit de visite médicale. Et donc, parfois l’étudiant pense que comme il n’a qu’une seule matière au premier ou au second semestre, il est appelé à payer une seule tranche.

Et donc, lorsqu’il ne paie pas la totalité des droits universitaires et qu’il revienne composer de nouvelles matières l’année suivante, dans un niveau supérieur, ce phénomène va se reproduire. Enfin, il peut arriver que l’étudiant dépose une requête et à la publication des plumitifs, son nom n’y soit pas. Cela peut vouloir dire que la requête n’a pas été déposée au bon endroit, parce qu’il y en a qui envoient des intermédiaires déposés, rien ne garantit que ces intermédiaires ont déposé.

Et lui, il va dire qu’il a déposé une requête. Parfois, il remet à leur délégué d’amphi, qui par une méprise, pas toujours de mauvaise foi, par une méprise ou par oubli, ne peut pas déposer ou ne peut pas se rappeler où la requête a été rangée. Parfois également, ils viennent, ils arrivent au décanat, au lieu de déposer la requête auprès de l’administration, c’est-à-dire précisément au secrétariat du doyen, ils remettent ça à un tiers, qui prétendument est un agent et qui leur promet monts et merveilles et finalement la requête n’arrive pas à bon port.


Il peut aussi arriver qu’en traitant la requête, la commission soit débordée, peut-être par un nombre pléthorique de requêtes, et qu’une requête rentre dans une autre au moment du classement, c’est-à-dire que ça peut arriver, parfois les dossiers rentrent dans d’autres dossiers, et lorsque l’opérateur, l’enseignant qui traite la requête n’a pas été vigilant, il peut arriver qu’une requête rentre dans une autre, et finalement qu’elle ne soit pas traitée au bénéfice de celle de la requête apparente.

Il y a quelques causes comme ça que je peux énumérer rapidement, mais toujours est-il que les étudiants qui ne sont pas satisfaits sont invités à déposer de nouvelles requêtes, au moins pour informer l’administration de ce dysfonctionnement-là, pour que des mesures soient prises. Mais la première précaution à prendre, c’est de dire à l’étudiant, si votre nom ne figure pas sur le plumitif, recomposez d’abord à titre préventif. Cela fait qu’en déposant cette fois-ci votre requête en bonne et due forme, lorsqu’on pourra la traiter plus tard, si vous avez deux notes parce que vous avez recomposé au rattrapage, on prendra la note la plus grande.

Mais si vous ne recomposez pas et que d’aventure, au moment de traiter votre requête, vous avez la sous moyenne, cela vous sera préjudiciable. Donc nous invitons les étudiants à se manifester, à écrire à l’administration pour que celle-ci soit informée. Cela rentre dans ce qu’on vient d’appeler la démocratie administrative, c’est-à-dire qu’il y ait une communication entre l’administration et ses usagers. Or, la faculté que nous sommes est une administration et son premier usager, c’est l’étudiant. Nous devons donc demeurer constants à l’écoute des étudiants et prompts à résoudre leurs problèmes et même leurs difficultés. »

Quelles nouvelles initiatives concrètes, pour le second semestre à venir, ont été prises pour assurer toujours la professionnalisation de la formation en Fsjp ?

« Absolument. La professionnalisation est au cœur de la formation des juristes et de politistes de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université de Douala. Autant au premier semestre qu’au second, nous avons pris ce problème à cœur. Le premier semestre a contribué justement à procéder à la sélection de nouveaux étudiants dans les filières professionnelles. D’ailleurs, à l’heure où nous vous parlons, les listes consolidées sont acheminées vers le recteur pour qu’il puisse les signer.

Par « listes consolidées », nous voudrions dire que nous avons eu à sélectionner déjà, aussi bien en licences qu’en masters professionnels, mais comme nous avons permis aux étudiants même retardataires de rattraper la formation, il y en a eu qui ont donc déposé des dossiers en retard.

Au lieu de faire des listes additives pour avoir plusieurs moutures des listes, nous préférons fondre toutes ces listes, les premières sélectionnées et les retardataires, dans une seule liste. C’est ce que nous appelons « listes consolidées », qui seront donc signées par le recteur pour que nous disposions d’une seule liste de licences et d’une seule liste de masters. C’est ce qui nous permet au moins une meilleure traçabilité que d’avoir une liste principale et une liste additive.

Après, on ne sait plus où l’additive se retrouve parce qu’elle est infime. Nous avons tenu à cela. Nous procédons toujours également à l’implication des professionnels à hauteur de 65 % pour que la formation professionnelle que nous donnons à nos étudiants soit la meilleure. D’ailleurs, nous sommes en train de faire mieux par rapport à ce second semestre. Nous procédons à des vérifications pour nous assurer que tous les étudiants des licences professionnelle qui ont été sélectionnés disposent des quitus de paiement, qu’ils soient en ligne, qu’ils disposent des matricules et qu’ils soient acquittés de leurs droits universitaires. Et pour cela, nous sommes en train de recommander à tous les responsables des filières professionnelles d’instaurer la pratique des listes de présence parce que ce sont des formations qui se font en présentiel.

Nous tenons à la bonne qualité de la formation. Il n’est pas question que les étudiants se contentent de photocopier les cours. Ils doivent assister aux cours. C’est une formation. C’est un métier qu’ils apprennent. Nous sommes donc en train de systématiser la pratique des listes de présence pour obliger les étudiants à faire des efforts, d’être présents aux cours, d’assimiler les cours théoriques, mais également les rouages techniques que les professionnels viennent leur dispenser en salle. Donc, il y a ces mesures d’amélioration du fonctionnement des filières professionnelles que nous avons adoptées.

Et au terme de ces opérations d’amélioration, nous allons organiser un examen pour le compte du premier semestre concernant toutes les filières professionnelles d’ici au début du mois de mai. Donc, c’est pour dire que c’est une préoccupation constante de la Faculté, du doyen et de tout son staff pour que les filières professionnelles donnent le meilleur d’elles-mêmes aux étudiants qui ont choisi d’apprendre un métier dans chacune de ces filières.

La Fsjp a observé le 27 mars dernier, la Journée culturelle. Quel jugement portez-vous sur cet événement dans la portée culturelle et dans la construction l’identité et la cohésion des étudiants de la Fsjp ?

« C’etait un événement positif à plusieurs égards. Et la Faculté, par la voix de son doyen, en marquant son accord pour la tenue de cet événement culturel, a voulu s’approprier la politique du chef de l’État, qui encourage l’inclusion, qui encourage la prise en compte, la magnificence de toutes les cultures. Vous avez vu que toutes les régions étaient représentées. D’abord, c’est une manifestation du vivre-ensemble, mais c’est aussi la magnificence de nos cultures, de nos traditions.

Cela montre bien que l’étudiant à la Fsjp n’est pas coupé de ses racines. Il reste bien enraciné dans sa culture, qui nous reste lorsqu’on a tout oublié. Cela permet de rester connecté à nos identités culturelles, mais aussi une certaine cohésion nationale, le vivre-ensemble, la cohabitation et le partage de nos valeurs ancestrales, de nos valeurs traditionnelles, qui permettent à l’étudiant de se développer et de progresser dans un climat de paix, de concorde, de partage, d’inclusion et d’amour, d’amour du prochain. C’était un événement très riche en enseignement et très riche en spectacles également, très riche en représentativité. Je pense que la qualité scénographique des prestations était très élevée et je pense que c’est un événement à rééditer. »

Après cette première partie de l’année universitaire, quelles sont les priorités pour le second semestre, surtout en matière d’innovations pédagogiques, de vie étudiante et d’assurance qualité ?

« En matière d’innovations, tout en mettant l’accent toujours sur la professionnalisation, toujours sur la qualité de la formation, que ce soit en filières classiques ou en filières professionnelles, nous encourageons les étudiants à innover, à oser, à entreprendre, à créer. À créer, n’oubliez pas que nous sommes dans le contexte du concept d’université entrepreneuriale, donc université-entreprise, et nos étudiants, nous les encourageons à devenir des entrepreneurs.

Et là, nous avons en vue le GETEC (Salon du Génie et du talent de l’étudiant camerounais, NDLR) au mois de juin. Il est donc, nos étudiants entrepreneurs sont donc invités à préparer des projets pour participer à ce GETEC qui se tiendra du côté de Yaoundé. Pour ceux qui ne le sont pas encore, nous les encourageons à concevoir des projets, à développer leurs intuitions, leurs idées de projets, pour que ces idées deviennent des projets concrets. Ils vont donc soumettre à leur point focal, et leur point focal les soumettra au Pôle de pré-incubation entrepreneuriale de l’Université de Douala pour que leurs projets soient appréciés, améliorés et finalement validés, pour que ces étudiants-là puissent bénéficier également d’un accompagnement.

Et n’oubliez pas que le chef de l’État a ordonné le déblocage de 50 milliards de francs CFA pour accompagner les projets portés par des jeunes dans des domaines sensibles et innovateurs comme le numérique, l’agroalimentaire et j’en passe. Donc la Fsjp travaille pour cela, pour que l’étudiant comprenne qu’il n’est pas simplement ici pour recevoir des cours théoriques, mais il doit également développer le sens de l’auto-emploi, le sens du professionnalisme, pas seulement dans les filières professionnelles mais au-delà, en développant l’esprit entrepreneurial.

Pour ce qui est de l’assurance qualité, nous y mettons également un accent particulier, puisque nous nous assurons que les étudiants reçoivent, retirent leurs effets académiques, relevé de notes, l’attestation de réussite, l’attestation de non-délivrance des diplômes, c’est-à-dire des scolarités, mais nous accompagnons également les étudiants vers les stages, qu’ils soient dans les filières classiques ou professionnelles. Nous les encourageons à chercher des stages et lorsqu’ils ne peuvent pas trouver des stages par eux-mêmes, nous les accompagnons.

C’est pour vous dire que la Faculté essaie de maintenir ou de développer l’axe université-entreprise pour que des partenariats soient trouvés avec le monde socioprofessionnel pour faciliter l’insertion professionnelle de nos étudiants.

L’innovation est orientée vers l’employabilité des jeunes et nous sommes très émus lorsque nous sommes sollicités par nos étudiants qui demandent leurs effets académiques pour aller aux concours du Barreau, de la Gendarmerie nationale, de l’ENAM, de l’IRIC, mais aussi qui n’oublient pas ce que je disais tout à l’heure, l’axe prioritaire de l’auto-emploi, de l’employabilité et de l’insertion professionnelle.

En termes d’innovation, nous mettons également l’accent sur la formation des formateurs pour que nos enseignants eux-mêmes soient comme des logiciels mis à jour, qu’ils fassent des mises à jour de leurs propres cours. C’est pour cela que nous exigeons le syllabus de chaque enseignant pour que nous assurions que l’enseignant intègre les questions d’actualité et dans le domaine politique, l’actualité brûlante qui nous a été servie par l’arrivée de deux nouvelles têtes au sommet de nos assemblées parlementaires, Assemblée nationale et Sénat, suivie du Parlement qui s’est réuni en congrès et qui a révisé, qui a adopté la nouvelle constitution, la nouvelle révision de la Constitution de 1972 qui avait déjà été révisée d’abord en 91, puis en 96 et en avril 2008.

Donc, cette actualité-là doit nous parler, elle doit parler à nos étudiants. Et toute autre innovation également, pour ce qui est des innovations pédagogiques, nous avons particulièrement mis un accent sur, on va dire quoi, la communication, mais le développement des métiers, la communication comme je l’ai dit. Et nous faisons venir à cet effet, de plus en plus, des enseignants des autres universités.

Pour vous prendre quelques exemples, nous venons de recevoir le professeur Hugues Hellio de l'Université d’Artois qui est venu entretenir nos étudiants sur l’évolution du droit de l’environnement. Après lui, le professeur Jean-Paul MarKus de l’Université de Paris-Saclay qui est  passé entretenir nos étudiants sur la dette de l’État. Et nous projetons faire inviter également, dans les prochains jours, le Professeur Ngampio Obélé Obélé de l’Université de Marseille qui viendra parler à nos étudiants de deux ou trois séminaires sur l’actualité internationale, les questions constitutionnelles, les questions des finances publiques, les questions liées à l’environnement.

Bref, de toute l’actualité, qu’elle soit internationale ou nationale, et de nos pays, de la Cemac, des pays européens, pour que nos étudiants soient en phase avec l’actualité internationale, l’actualité africaine, l’actualité communautaire. Ça aussi, ça participe de l’innovation, peut-être pas en termes de créativité, mais au moins en termes de constance ou d’imprégnation de nos étudiants dans les nouvelles thématiques, les nouveaux droits et, finalement, la méthodologie de droits ou de politiques comparées, pour qu’ils puissent s’ouvrir au monde et mieux faire, mieux mener leurs activités de recherche.

Donc, en termes d’innovation, la Faculté essaie de mettre le paquet pour que l’étudiant qui sort d’ici soit suffisamment aguerri sur les problématiques actuelles, les problématiques futures, qui engagent les générations futures et qu’il soit de toutes les façons un bon juriste et un bon politiste. »

Merci Professeur

« C’est nous qui vous remercions et je voudrais insister au nom de M. le doyen et au nom de M. le recteur pour vous dire merci pour votre accompagnement constant, aussi bien à la rentrée qu’en milieu d’année académique, pour faire une sorte d’évaluation à mi-parcours de notre année académique. Encore une fois, nous vous remercions ».

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