Transparence dans les industries extractives : l’ITIE Cameroun interpelle les futurs communicants à l’Université de Douala

C’est dans un amphithéâtre comble que s’est tenue ce lundi matin à l’Enset, campus 2 de l’Université de Douala, une conférence-débat sur un sujet qui touche directement aux fondements de l’économie camerounaise : la transparence dans les industries extractives. Organisé sous le thème : “L'ITIE sous le prisme de la RSE”.

L’événement a réuni étudiants en communication, enseignants-chercheurs et praticiens du secteur, autour d’une question centrale — comment mieux informer, former et mobiliser sur la gouvernance des ressources naturelles ? Le ton a d’emblée été donné par le Pr Thomas Atenga, chef du Département de Communication de la Faculté des lettres et sciences humaines (Flsh) de l’Université de Douala. En développant le concept d’extractivisme, il a souligné une tendance lourde : celle des organisations, notamment extractives, à « silencier » leurs pratiques dommageables. Un constat qui place la communication — et les futurs journalistes et communicants présents dans la salle — au cœur des enjeux de gouvernance économique. À l’heure de l’intelligence artificielle, les défis de la communication organisationnelle autour de ces industries n’en sont que plus aigus.

C’est le Dr Blasius Ngome, représentant de l'Union des Journalistes du Cameroun à l’ITIE, qui a livré l’exposé le plus attendu. Après avoir défini les contours de l’ITIE, de la RSE et de la RSO, il a partagé un résultat de vox-pop révélateur : l’ITIE reste « peu connue » du grand public, et la RSE se confond souvent avec la RSO dans les esprits. Un déficit de notoriété qui contraste avec le rôle pourtant décisif de l’initiative. Rappel des faits : le Cameroun adhère à l’ITIE en 2005, engagement pris directement par le chef de l’État pour rendre le secteur extractif transparent. Mais en 2024, malgré un score de 53 %, le pays a été suspendu de l’initiative — un signal d’alarme que les intervenants n’ont pas esquivé.

L’ITIE collecte, fiabilise et publie les données relatives à l’exploitation des ressources naturelles — pétrole, gaz, mines. Quinze rapports ont déjà été publiés, couvrant les exercices de 2001 à 2021. Des données qui, selon Dr Ngome, pourraient alimenter des recherches académiques de master et de doctorat, avec un possible financement de l’ITIE à la clé — une perspective visiblement bien accueillie par l’amphithéâtre.

La RSE sur le terrain : le cas Cotco

Jules Wack Mballa, directeur des relations publiques de Cotco, a illustré concrètement ce que signifie la responsabilité sociale dans le secteur extractif camerounais. S’appuyant sur les données du rapport ITIE 2023, il a décrit les actions menées par la compagnie pétrolière le long du pipeline Tchad-Cameroun : éducation, accès à l’eau potable via des forages solaires, amélioration agricole, soutien à des événements culturels et sportifs… Cotco interagit ainsi avec 228 villages riverains du pipeline, auxquels s’ajoutent 18 villages côtiers à Kribi, tous considérés comme « partenaires ». Une approche qui illustre, selon lui, que chaque entreprise du secteur développe sa propre stratégie RSE — avec des résultats variables.

La dimension politique et sécuritaire a aussi été posée sans détour. « Tout ce qui se passe à l’Est de la RDC — des pillages, des formes d’extraction qui ne tiennent pas compte des communautés locales — peut être source de déstabilisation si rien n’est fait », a averti le Pr Atenga, intervenant à la conférence-débat, appelant les médias à s’emparer de ces questions. Une mise en garde qui résonne dans un contexte régional tendu.

Du côté institutionnel, Dr Blasius Ngome a tenu à souligner l’engagement de l’État : « Le rôle de l’État est que les citoyens profitent largement de leurs ressources naturelles. » La conférence elle-même n’aurait pas vu le jour sans l’implication du ministre camerounais des Finances Louis-Paul Motazé et du ministre des Mines, de l’Industrie et du développement technologique par intérim, Pr Fuh Calistus Gentry, a-t-il précisé.

Une séance  d’échanges nourris avec les étudiants a clôturé la séance — signe que la nouvelle génération de communicants camerounais entend bien s’approprier les enjeux communicationnels sur les industries extractives.

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