À Douala, le processus de visa canadien démystifié aux journalistes
Le Haut-Commissariat du Canada au Cameroun, en cohésion avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a organisé ce jeudi 04 juin 2026 à Douala une séance d’information destinée aux professionnels des médias, consacrée à la lutte contre la fraude en immigration. Une rencontre qui fait suite à la même présentation tenue la veille à Yaoundé.
C’est dans un contexte marqué par une progression notable de l’intérêt des Camerounais pour l’immigration au Canada que cette initiative s’inscrit. Le Cameroun s’est en effet imposé ces dernières années comme le principal pays source de l’immigration francophone vers le Canada. Un engouement que la tenue de la Coupe du Monde de football FIFA 2026 — dont plusieurs matchs se dérouleront au Canada — ne fait qu’amplifier davantage. Face à cet élan, les offres frauduleuses se multiplient, ciblant de plus en plus les candidats camerounais. C’est précisément pour contrer ce phénomène que journalistes et professionnels des médias ont été conviés à cette séance d’information, afin d’être mieux outillés pour informer leurs audiences de manière rigoureuse et responsable.
C’est Mohamed Dougouno, chef de sous-Bureau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Douala, qui a ouvert les travaux. Face aux hommes et femmes de médias réunis pour l’occasion, il a d’abord rappelé l’histoire de son organisation, créée en 1951 et présente au Cameroun depuis 2007, avant d’en décrire les missions centrées sur une migration sûre et ordonnée, menées en étroite collaboration avec les États membres et leurs partenaires, dont le Canada.
Mohamed Dougouno a ensuite mis en lumière les différentes formes de fraude qui gangrènent le contexte migratoire. Parmi elles, la fraude documentaire occupe une place de choix : elle peut consister à obtenir frauduleusement un document authentique, à fournir de fausses informations pour décrocher un document officiel, ou encore à altérer un document existant. Des pratiques aux conséquences lourdes, tant pour les victimes que pour l’intégrité des systèmes d’immigration.
Démystifier pour mieux protéger
La parole a ensuite été donnée à Caroline Henry, première secrétaire au Haut-Commissariat du Canada au Cameroun, et à l’analyste des risques auprès de cette représentation diplomatique. Leurs exposés ont permis d’effacer plusieurs mythes tenaces autour de la demande de visa canadien, tout en armant les candidats contre les arnaques orchestrées par de faux agents ou prétendus représentants en immigration. Car les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Selon des données présentées lors de la séance, plus de 9 000 cas de fraude en immigration sont soupçonnés et investigués chaque mois au Canada — un chiffre avancé par le ministre Marc Miller de l’IRCC en mars 2025. Plus révélateur encore, 52 000 demandes de résidence temporaire ont été refusées pour fausse déclaration au cours des seuls six premiers mois de 2024, selon l’Association canadienne des avocats en immigration (CILA). Un bond de plus de 100 % par rapport aux 26 000 cas recensés sur l’ensemble de l’année 2022, alors même que le volume global des demandes n’a progressé que de 25 %.
Les sanctions, elles aussi, ont été rappelées avec clarté : les représentants en immigration malhonnêtes s’exposent désormais à des amendes pouvant atteindre 1,5 million de dollars canadiens. Quant aux candidats reconnus coupables de fraude ou de fausse déclaration, ils s’exposent à une interdiction d’entrée au Canada d’une durée de cinq ans, conformément à la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR). Un risque majeur que les intervenants ont tenu à souligner avec force : en cas de recours à un intermédiaire, le demandeur reste entièrement responsable de son dossier.
Des voies légitimes existent
Au-delà de la mise en garde, la séance s’est également voulue constructive, rappelant que le Canada offre de réelles opportunités pour les travailleurs qualifiés francophones. En 2024, le pays a accueilli 485 000 nouveaux résidents permanents, dont plus de 60 % via la catégorie économique. Sur le plan francophone, 84,8 % des immigrants francophones admis hors Québec cette même année étaient ressortissants de pays d’Afrique ou du Moyen-Orient — une statistique qui illustre le poids croissant du continent africain dans la politique migratoire canadienne. Pour 2026, le Canada vise l’admission de 30 267 résidents permanents francophones hors Québec, avec des objectifs progressifs allant jusqu’à 12 % des admissions totales d’ici 2029.
Pour accéder à ces opportunités en toute sécurité, les participants ont été encouragés à s’en tenir exclusivement aux canaux officiels : le site du gouvernement canadien, les représentants accrédités et les structures reconnues comme l’OIM. La désinformation sur les visas, largement répandue sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie comme WhatsApp ou Telegram, dépasse souvent les informations officielles en termes de portée — ce qui rend le rôle des médias d’autant plus crucial dans la chaîne d’information.






