Urgences pédiatriques au Cameroun : les spécialistes réclament une subvention de l’oxygène médical

La ville de Douala accueille, du 8 au 10 mai 2026, les 5es Journées des Réalités Pédiatriques Africaines (JRPA), organisées par la Société Camerounaise de Pédiatrie (SOCAPED) à l’hôtel Best Western. Placée sous le thème : « L’oxygénothérapie en milieu pédiatrique camerounais », cette rencontre scientifique rassemble des spécialistes venus de plusieurs pays africains autour d’un enjeu vital : l’accès à l’oxygène médical pour les enfants.

Dès l’ouverture des travaux, le ton a été donné. Les pédiatres présents ont insisté sur le fait que l’oxygène ne peut plus être considéré comme un simple adjuvant thérapeutique, mais comme un médicament essentiel, indispensable à la survie des patients en détresse respiratoire. Le président de la SOCAPED, le Pr David Chelo, a rappelé que près de 50 % des enfants hospitalisés arrivent dans les structures sanitaires en situation d’urgence, avec des tableaux cliniques dominés par les détresses respiratoires, les pneumonies sévères ou encore les complications drépanocytaires. « L’oxygène n’est pas un luxe ; c’est un médicament essentiel », a-t-il déclaré devant l’assemblée, soulignant que l’absence d’oxygène peut faire grimper la mortalité pédiatrique jusqu’à 20 %.

Pour le Dr Paul Ndenbe, président des 5es JRPA, le choix du thème répond à une réalité alarmante dans les hôpitaux camerounais. Selon lui, l’oxygène représente « le premier carburant de la vie » et sa rareté constitue aujourd’hui une véritable urgence de santé publique. « La santé n’a pas de prix. La vie passe par l’oxygène et il est important que nous mettions davantage l’accent sur cette question », a-t-il insisté.

Une réalité dramatique dans les services pédiatriques

Les spécialistes présents à Douala ont décrit une situation particulièrement préoccupante dans plusieurs structures hospitalières du pays. Le Pr Mah Evelyne, vice-présidente de la SOCAPED, pédiatre à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé et enseignante à la Faculté de médecine, a évoqué des scènes quotidiennes dramatiques dans les services pédiatriques. Selon elle, de nombreux enfants meurent parfois pendant leur transfert d’un hôpital à un autre faute d’un accès rapide à l’oxygène.

Au-delà des pénuries, les professionnels de santé dénoncent également le manque d’équipements essentiels comme les canules, les masques d’administration ou les dispositifs de monitorage, souvent insuffisants face au nombre de patients.

 Le coût élevé de l’oxygène, un obstacle pour les familles

La question financière demeure l’un des principaux freins à l’accès aux soins. Dans certains établissements hospitaliers, l’oxygène médical peut coûter jusqu’à 5 000 FCFA par heure. Pour un enfant nécessitant une assistance continue, les dépenses dépassent parfois les 100 000 FCFA par jour, une charge insoutenable pour de nombreuses familles camerounaises.

Face à cette situation, les pédiatres plaident pour une subvention nationale de l’oxygène médical afin d’en faire un service accessible à tous les enfants, indépendamment des revenus des parents. « Nous devons tous travailler ensemble pour trouver une solution afin que chaque enfant, partout dans le pays, puisse avoir accès à l’oxygène sans que cela repose uniquement sur les parents », a déclaré le Pr Mah Evelyne.

Les coupures d’électricité aggravent la crise

Autre difficulté majeure soulevée lors des échanges : la dépendance des concentrateurs d’oxygène à l’énergie électrique. Les coupures fréquentes de courant perturbent régulièrement la continuité des soins, notamment dans les services néonataux et les urgences pédiatriques.

La situation apparaît encore plus critique dans les zones rurales et les hôpitaux de district, souvent dépourvus d’équipements adaptés et contraints de transférer les patients vers Douala ou Yaoundé, avec tous les risques que ces déplacements impliquent.

Au-delà du constat, les 5es JRPA se veulent également une plateforme de réflexion et d’action. Les travaux s’articulent autour de trois grands axes stratégiques :

Les experts souhaitent mettre fin aux ruptures récurrentes en renforçant les capacités de production, de stockage et de distribution de l’oxygène médical dans les hôpitaux.

Les discussions portent sur l’utilisation des extracteurs d’oxygène, la maintenance des centrales hospitalières, la gestion des bouteilles de haute pression et l’amélioration des dispositifs de surveillance des patients. Les spécialistes insistent également sur la nécessité de former davantage les professionnels de santé afin de garantir une administration rationnelle et sécurisée de l’oxygénothérapie.

Un plaidoyer pour un changement de politique sanitaire

Au-delà du cadre scientifique, ces journées de Douala constituent un véritable plaidoyer en faveur d’une réforme des politiques de santé publique au Cameroun.

En mettant en lumière la fragilité de la chaîne d’approvisionnement en oxygène médical, la SOCAPED interpelle les pouvoirs publics et les partenaires internationaux sur l’urgence d’investir dans des solutions durables capables de garantir à chaque enfant un accès rapide et continu à ce médicament vital.

Pour les experts réunis à Douala, il ne s’agit plus seulement de débattre de médecine, mais de construire un système de santé où la survie d’un enfant ne dépendra plus d’une pénurie, d’une coupure d’électricité ou des moyens financiers de sa famille.

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