Affaire Wadivo vs Ecobank Cameroun : le tribunal tranche, 1,5 milliard de francs CFA de dommages civils prononcés contre la banque
Le Tribunal de Première Instance (TPI) de Douala-Bonanjo a rendu ce jeudi 28 mai 2026 un verdict historique contre Ecobank Cameroun, condamnée pour diffamation à verser 1,5 milliard de francs CFA à la société de recouvrement Wadivo et son dirigeant M. Moyo Kamgaing. Une sanction pénale sans précédent dans le secteur bancaire camerounais.
L’affaire remonte à 2023. Wadivo, société de recouvrement pour compte de particuliers fondée cette même année, avait interpellé le public après que plusieurs de ses usagers lui signalèrent, relevés bancaires à l’appui, des prélèvements suspects effectués par Ecobank Cameroun sous des libellés trompeurs. La société ouvre alors une plateforme d’inscription en ligne pour recenser les réclamations et accompagner les victimes présumées.
La réaction d’Ecobank au Cameroun ne se fait pas attendre. En septembre 2023, la banque accuse publiquement Wadivo de fabriquer des mensonges pour ternir son image et escroquer ses clients. Elle ira jusqu’à saisir le TPI de Douala-Bonanjo pour obtenir la fermeture pure et simple de Wadivo, assortie de dommages civils de 45 milliards de francs CFA. « On n’utilise pas un gourdin pour écraser une mouche », ironise aujourd’hui Moyo Kamgaing, dont la réponse fut de citer Ecobank Cameroun et son directeur général pour diffamation. Ce jeudi, le tribunal a tranché en faveur de Wadivo sur toute la ligne : condamnation d’Ecobank Cameroun pour diffamation, rejet de l’ensemble de ses accusations.
Ce que l’audit a révélé
Si le verdict porte juridiquement sur la diffamation, l’instruction a permis de mettre en lumière des pratiques bien plus préoccupantes. Pour vérifier les allégations d’Ecobank Cameroun selon lesquelles les libellés suspects n’étaient qu’une « erreur d’affichage », le TPI a ordonné un audit indépendant. Ses experts ont conclu que ces libellés dissimulaient en réalité la facturation d’un second pack à 10 000 francs CFA hors taxes par mois — que les clients n’avaient jamais souscrit.
Par ailleurs, les experts ont établi qu’Ecobank Cameroun avait déjà été épinglée en 2023 par le CNEF pour avoir facturé des frais de retrait au guichet jusqu’en 2021, une pratique contraire à la loi sur le service bancaire minimum garanti qui prévoit la gratuité de cette opération. Le communiqué d’Ecobank Cameroun de septembre 2023, dans lequel la banque se présentait comme une « entreprise citoyenne respectueuse de la règlementation » dont le « respect scrupuleux de la norme bancaire » aurait été confirmé par les autorités de régulation, apparaît dès lors difficile à soutenir.
Un secteur majoritairement sain, un cas isolé
L’enquête de Wadivo avait initialement indexé 8 établissements bancaires parmi la vingtaine agréés au Cameroun en 2020. Après vérification, seuls 6 ont retenu l’attention, certaines réclamations — notamment celles visant UBA — s’étant avérées non fondées. Des enseignes comme Citibank, Commercial Bank ou BGFIBank Cameroun n’ont pas été concernées. « La majorité des banques au Cameroun n’ont pas enfreint la loi », souligne M. Kamgaing. La directrice générale d’Ecobank Cameroun, Gwendoline Abunaw, qui préside par ailleurs l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECCAM).
La banque a enregistré 21 milliards de francs CFA de bénéfices nets en 2024. Pour M. Moyo Kamgaing, l’ampleur de la réaction d’Ecobank s’explique par les enjeux financiers en cause : « Les enjeux devaient être de taille. » La question de la responsabilité interne reste entière — une manipulation informatique affectant plusieurs départements peut difficilement être ignorée de la direction, estime-t-il.
Wadivo a notifié les deux principaux actionnaires du Groupe Ecobank — Enko Capital et la Qatar National Bank, qui détiennent ensemble près de 50 % du capital — et attend d’eux des mesures de gouvernance à la hauteur des infractions constatées. Fort de ce verdict, Wadivo peut désormais reprendre ses activités de recouvrement pour compte de particuliers, longtemps paralysées par l’accusation publique d’une banque — symbole de l’institution financière — qui présidait en outre l’association professionnelle du secteur. Pour M. Moyo Kamgaing, la prochaine étape est claire : obtenir le remboursement de chaque client lésé. « C’est bien de cela qu’il s’agit, et nous allons nous y atteler », conclut-il, rendant grâce à Dieu pour une victoire que beaucoup jugeaient inaccessible.






