Palmeraie détruite de Missole II : Les non-dits du couple Oum

Derrière l’émotion suscitée par la destruction de la palmeraie de Missole II, les documents officiels consultés par LE MESSAGER et LES KIZERLIGNES révèlent une tout autre réalité. Retrait des titres fonciers, décisions de justice et accusations de fraude foncière viennent fragiliser le récit de spoliation porté par le couple Oum.

PARTIE 1

Quand l’émotion cache la fraude foncière

Les images sont fortes et elles ont envahi les réseaux sociaux : une palmeraie rasée, un couple octogénaire en larmes, une vieille cabane présentée comme leur unique refuge depuis que tout leur aurait été arraché. Canal 2 TV et Équinoxe TV ont parlé d’un « pire scandale foncier » jamais enregistré dans la Sanaga-Maritime. Le narratif est rodé : quarante années d’investissements détruites, des titres fonciers en bonne et due forme bafoués, la force publique mobilisée par le préfet pour servir des intérêts occultes de milliardaires.

Le commerce d’émotion est assumé. L’âge avancé de Monsieur et Madame Oum est martelé pour susciter l’indignation et conférer à leurs paroles l’autorité morale du patriarche. En Afrique, la parole d’un ancien est censée valoir vérité. Pourtant, c’est précisément cette posture que le couple Oum instrumentalise pour mettre le feu à la bibliothèque en mondovision, en taisant l’essentiel.

Les documents officiels consultés par LE MESSAGER et LES KIZERLIGNES démontrent que les titres fonciers n°3012/SM et 3047/SM brandis devant les caméras n’existent plus juridiquement. Ils ont été retirés le 15 janvier 2025 par l’arrêté n°00126/Y.6/MINDCAF/SG/D2/1100/AOJJ/ETJS du ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières, Henri Eyebe Ayissi. Une première réhabilitation du 16 juillet 2025 a elle-même été rétractée le 22 septembre 2025 par l’arrêté n°02953/MINDCAF/A100/A130. L’article 3 de ce texte est sans appel : « les titres fonciers suscités sont et demeurent retirés avec toutes les conséquences de droit ».

Saisi par Sieur Oum Mbogba Paul le 17 juillet 2025 sous le numéro 920, le Tribunal administratif du Littoral a tranché le 18 décembre 2025. Dans son jugement n°361/FD/2025, il a déclaré le recours « sans objet ». Le certificat de non-pourvoi signé le 25 février 2026 par le greffier en chef Michel Ebode Olong confirme qu’aucun appel n’a été interjeté. Paul Oum Mbogba savait donc que la justice avait clos le dossier avant de se présenter devant les micros.

Le ministre a motivé sa décision par la « fraude du bénéficiaire ». L’enquête administrative a établi que les parcelles immatriculées étaient déjà exploitées depuis plusieurs années par Messieurs Biyiha II Gabriel Louis, Keuvo André et Tam Jean Calvin. L’arrêté préfectoral n°572/AP/C18/SDD du 16 novembre 1995 a été utilisé pour couvrir deux superficies distinctes, et des procès-verbaux ont été signés par des autorités traditionnelles territorialement incompétentes. Le rapport de mission du 5 novembre 2024 détaille ces irrégularités, appuyées par la correspondance du sous-préfet de Dibamba du 7 décembre 1995 et le procès-verbal de l’huissier Maître BAKOA du 6 décembre 1999.

La machination est donc sans vergogne. En présentant leur situation comme une spoliation brutale, le couple Oum occulte qu’il a perdu au contentieux et que la destruction de la palmeraie n’est que l’exécution d’une décision administrative et judiciaire devenue définitive. Le préfet, désigné comme l’instrument d’une prédation, n’a fait qu’appliquer une mesure de retrait prise par le MINDCAF.

En jouant sur la fibre émotionnelle de l’âge et de la ruine, les reportages ont inversé les rôles et construit un récit qui dissimule la fraude initiale. C’est cette manipulation de l’opinion publique nationale que les pièces du dossier démontent, rappelant qu’en matière foncière, la vérité ne réside pas dans la mise en scène médiatique mais dans les actes signés et les jugements rendus.

L’affaire de Missole II rappelle que la sécurité foncière au Cameroun ne se décrète pas devant une caméra. Elle se construit sur le respect strict des procédures et la vérification préalable des droits antérieurs.

 

Par Clément MBELEL 

L'article à lire dans les colonnes du quotidien LE MESSAGER de ce matin

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