Au Cameroun, la médiation s’invite dans le débat sur la paix sociale
C’est dans un contexte mondial marqué par la montée des tensions que s’est ouverte ce jeudi à Douala la toute première conférence publique à l’occasion de la Semaine de la médiation au Cameroun, initiée par l’Association Ombudperson & Mediation Initiative (OMI). Sous le thème “Donnons une chance à la médiation pour la paix et la santé sociale”.
L’événement a réuni des participants autour d’une conférence publique portée par Robert Roger Ngangue Dimbongo, expert international en médiation et dialogue, fondateur du cabinet.
D’entrée de jeu, le ton est donné : la paix est fragile, et son entretien exige un investissement collectif permanent. Pour M. Ngangue, les conflits ne sont pas une anomalie — ils sont inévitables. Ce qui compte, c’est la capacité à les prévenir et à les désamorcer. Il pointe un manque structurel : « Au Cameroun, il n’y a pas encore de circuits racinaires pour éviter la guerre. » Plusieurs facteurs alimentent les tensions — institutionnels, politiques, communicationnels, psychologiques, économiques — et face à eux, des mécanismes existent : arbitrage, conciliation, facilitation, négociation, et bien sûr, la médiation.
Ni faiblesse, ni impuissance
Parmi tous ces instruments, la médiation s’impose comme le plus utilisé. Non pas parce qu’elle est imposée par un juge, mais parce qu’elle repose sur la compréhension des besoins réels des parties. Elle se déploie en plusieurs étapes — pré-médiation, entretien d’information, identification des faits, négociation, puis accord — et s’applique aussi bien aux conflits familiaux que communautaires, économiques ou institutionnels.
Le médiateur, rappelle l’expert, doit impérativement rester indépendant et neutre. « Sa simplicité, son accessibilité mais aussi sa capacité à très rapidement ressortir de la confrontation font qu’il est l’outil incontournable aujourd’hui en matière de désescalade des tensions », affirme Robert Roger Ngangue. Il insiste sur le contexte global : « Les images que nous voyons venir de partout dans le monde indiquent qu’il y a lieu de remettre les protagonistes autour d’une table pour encenser le dialogue, pour encenser l’écoute. » Et de rappeler la réalité locale : « On a vu avec les joutes électorales, on a failli véritablement passer à côté. »
Un préjugé tenace veut que recourir à la médiation soit un aveu de faiblesse. L’expert le balaie sans détour : « Recourir à la médiation, c’est plutôt un signe de sagesse, un signe de courage, de maturité et de responsabilité. »
Douala, première étape d’une tournée nationale
La Semaine de la médiation au Cameroun ne s’arrête pas à cette conférence inaugurale. Le vendredi saint oblige, c’est ce samedi que se tiendront à Douala des consultations gratuites, accessibles à tous. Le promoteur du cabinet AFRIMEDS et président de l'Association Ombudperson & Mediation Initiative annonce ensuite une tournée mensuelle dans toutes les régions du Cameroun jusqu’à la fin de l’année. « La prochaine étape, le mois prochain, ce sera probablement Garoua ou Yaoundé la capitale, avec la même approche et la même campagne de sensibilisation », précise M. Ngangue. Recourir à la médiation, répète-t-on ici, ce n’est pas capituler. C’est choisir la table plutôt que le tribunal, le dialogue plutôt que l’affrontement. Un choix que M. Ngangue espère voir s’imposer, progressivement, comme un réflexe camerounais.






