Cameroun - Violences conjugales à Mimboman: Le chemin de croix d'une femme mariée
Elisabeth Mauricette Messi, femme mariée violentée depuis sept ans.
Elisabeth Mauricette Dupanloup Memong épouse Messi, née le 4 février 1984 à Yaoundé, est une femme mariée et mère de six enfants qui, depuis 2019, souffre le martyr dans son foyer conjugal. Victor Emmanuel Messi, son époux, lui a fait subir, à maintes reprises, des formes de violences physiques récurrentes et traumatisantes.
"Mon parcours, au sein de mon union, s'est rapidement mué en un calvaire quotidien, orchestré non seulement par mon conjoint, mais également par l'ensemble de sa cellule familiale", explique d'emblée Elisabeth Mauricette Messi dès l'entame de son récit. Tout est, en effet, parti de l'asymétrie de la relation conjugale qui s'est cristallisée autour de ses aspirations académiques.
En effet, après avoir exprimé le vœu de poursuivre ses études supérieures à l'Université de Yaoundé 1, son époux, Victor Emmanuel Messi, dont l'épouse dit être caractérisé par un complexe d'infériorité qu'elle qualifie de "pathologique activement nourri et encouragé par son entourage", a opposé une fin de non-recevoir à ce souhait.
Loin d'y voir une source de fierté, sa quête de savoir, de savoir-faire et de savoir-être et la recherche d'une éclosion intellectuelle se sont muées, malencontreusement, en catalyseur d'une interaction perpétuellement conflictuelle, dont le point de chute est l'accentuation d'une animosité féroce.
Dans le dessein de tenter d'imposer à Elisabeth Mauricette Messi une renonciation définitive à ses ambitions, la violence de son époux, Victor Emmanuel Messi, s'est érigée en mode gouvernance domestique. "Les brigades psychologiques ont promptement cédé la place à des agressions physiques régulières d'une violence inouïe, perpétrées, de surcroît, sous les yeux terrorisés de nos enfants mineurs", illustre l'épouse de Messi.
Malgré la multiplication de ces traumatismes et mue par un sens profond du devoir, ainsi que par l'espoir d'offrir une stabilité à sa progéniture en dépit des maternités successives, Elisabeth Mauricette Messi a, longuement, enduré ces atrocités, tentant, par tous les moyens, bon gré mal gré, d'accorder une chance ultime à cette relation matrimoniale délétère. Selon le récit de vie socio-anthropologique de cette femme violentée et éplorée, sa résilience a, toutefois, trouvé ses limites dans la dégradation dramatique de son intégrité physique. "Portant les stigmates indélébiles de ces sévices, j'ai été contrainte, explique dame Messi, de subir de multiples hospitalisations pour soigner des blessures graves".
Eu égard à ce péril imminent, Elisabeth Mauricette Messi s'est décidée à saisir la justice de son pays d'origine. Une plainte a été déposée devant les autorités judiciaires compétentes contre son époux. Le procureur de la République près le tribunal de première instance (Tpi) d'Ekounou a, d'ailleurs, adressé une sommation formelle à Victor Emmanuel Messi. "Mais malheureusement, regrette Elisabeth Mauricette Messi, cette sommation est restée sans effets concrets. Chose courante dans un système judiciaire corrompu, un système englué dans le trafic d'influence, un système d'impunité".
Enclenchement d'un contentieux conjugal remontant à 2019
Elisabeth Mauricette Messi relève que depuis 2019 et ce jusqu'au 27 mars 2025, date à laquelle elle a décidé d'ester en justice, elle est victime de violences conjugales exercées non seulement par son époux, mais aussi par certains membres de la famille, en l'occurrence ses belles-sœurs et la seconde épouse de son père.
"En avril 2019, alors que nous habitions encore la maison familiale de mon mari, sa sœur cadette m'a accusée d'avoir fait disparaitre l'uniforme de sa fille qu'elle avait séchée sur la même corde que les habits de mes propres enfants. Par la suite, nos relations se sont détériorées au point où je suis rentrée chez ma mère, laissant notre première fille avec son père, car elle devait achever l'année scolaire.
Le jour de la remise des résultats, je suis venue chercher ma fille et j'ai trouvé sa sœur qui faisait des tresses juste devant la porte de mon appartement, j'ai demandé qu'elle s'écarte pour me laisser passer afin que j'aille faire la valise de l'enfant. Elle a refusé et lorsque je l'ai enjambée pour passer, elle a estimé que je l'ai piétinée et elle a bondi sur moi pour la bagarre.
Comme je prenais le dessus, ses deux autres sœurs et leur maman, la seconde épouse de son père, sont venues à la rescousse et j'ai bagarré avec quatre personnes en même temps. C'est une voisine qui est venue intervenir, en leur demandant si elles n'avaient pas honte d'infliger un tel traitement à la femme de l'aîné de leur famille", relate Elisabeth Mauricette Messi.
C'est au terme de cette bagarre que cette dernière a pris sa fille, est rentrée avec elle chez la mère avec tout le corps couvert de blessures. Comme si ces affres ne suffisaient pas, ses belles-sœurs ont saisi leur sœur aînée, qui est arrivée sur le champ.
Selon le témoignage de dame Messi, elle a brisé la porte de leur appartement et a mis tous ses effets personnels dehors, y compris la valise du bébé de cinq mois qu'elle avait. "Mon mari, étant arrivé, a constaté les dégâts et a saisi le chef de quartier, puis j'ai porté plainte dans ce même tribunal, où nous avons été reçus par un procureur, qui a convoqué ma belle-mère et le chef de quartier. Après nous avoir écoutés, le chef du quartier, qui était du même village que mon mari, a sollicité que le procureur lui donne l'opportunité de régler cette affaire en famille. Ce que le procureur a accepté et le chef a pu, tant bien que mal, réussir à trouver une solution", ajoute dame Messi.
La dame éplorée note, en outre, que son époux est devenu extrêmement violent envers elle, de même qu'envers les enfants, au point où dès qu'il arrive au salon pour visionner, tous les enfants rentrent dans leur chambre. Même en journée, dès qu'il est au salon, son épouse fait savoir que toute la progéniture s'éloigne de lui. "Si j'essaie d'engager le dialogue avec lui, ça va finir par des coups de poings, des sévices corporels, au point où j'ai perdu une dent et j'ai une cicatrice au bras; j'ai déjà aussi un mal de nerfs et de violents maux de tête, certainement provoqués par les coups de poings que je reçois régulièrement".
Chrétienne pratiquante comme son époux Messi, qui est, d'ailleurs, chef d'une chorale, Elisabeth Mauricette Messi a tenté, délibérément, d'éviter la voie judiciaire pour résoudre cette tension conjugale. Surtout que les prêtres leur ont prodigué des conseils dans l'optique de les réconcilier et de stabiliser, au demeurant, l'enseigne familiale. Mais au fil du temps, la situation s'est tellement aggravée que dame Messi a été contrainte de saisir, la mort dans l'âme, la justice pour sa protection et celle de sa progéniture.
"Je suis angoissée dans la détresse, je vis avec la peur de mourir. Parfois, je ne dors pas la nuit quand il ne m'adresse pas la parole parce que je ne sais pas ce qu'il pense ou ce qu'il est capable de me faire pendant mon sommeil. J'ai même commencé à boire beaucoup de bières pour me déstresser et pouvoir dormir sans trop réfléchir. En conséquence, je porte plainte contre M. Messi Victor Emmanuel demeurant à Yaoundé, Mimboman, 2ème chapelle, pour "agression accompagnée de violences et menaces".
Le témoignage de la belle-mère de Victor Emmanuel Messi sur les violences subies par sa fille Elisabeth Mauricette Messi
Les pires formes de violences subies par Elisabeth Mauricette Messi ne se sont pas limitées aux sévices corporels infligés par son époux et ses belles-sœurs. Son époux Messi a continué à la menacer, en lui faisant savoir qu'elle ne sera plus jamais en sécurité tant qu'elle sera au Cameroun.
En effet, selon le témoignage de la belle-mère de Messi, Marie Madeleine Zoa Ntsama (mère de l’épouse), "À la suite d’une violente bastonnade, ma fille (Memong Élisabeth Mauricette) ensanglantée et en larmes, avait fui chez moi, pour solliciter l’aide et se faire soigner les blessures infligées par son mari. Le lendemain, Monsieur Messi était venu à mon domicile pour ramener son épouse au foyer conjugal (de force), menaçant de tout brûler ou de s’en prendre à leurs propres enfants si on ne lui remettait pas son épouse dans les brefs délais.
Par peur pour la sécurité des enfants, ma fille (Memong Élisabeth Mauricette) était retournée avec Monsieur (sous les menaces). C’est ainsi que Monsieur avait donné l’ultimatum que partout où elle ira se cacher sur l’étendue du territoire camerounais, il la retrouvera pour en finir avec elle, voire mettre fin à ses jours. Car, selon Monsieur, l’acte de mariage fait de Madame sa propriété; il peut faire d’elle tout ce qu’il veut, sans rendre compte à qui que ce soit".
Autre témoignage non des moindres de la belle-mère, Marie Madeleine Zoa Ntsama :"À la suite d’une violente bastonnade, ma fille (Memong Élisabeth Mauricette) avait été grièvement blessée à coups de machette (à l’avant-bras) par son mari. Mise au courant, j’avais emmené d’urgence ma fille à l’hôpital pour une intervention chirurgicale. En tant que mère, je suis inquiète. Je n’ai pas de sommeil, lorsque que je pense que ma fille court un grave risque de féminicide. Dois-je rester les bras croisés et attendre qu’on m’annonce sa mort? Sous le prétexte qu’ils sont mariés et que Monsieur peut faire de madame ce qu’il veut. Toutes les procédures intentées ne sont pas allées loin à cause de la corruption".
Malgré le recours de cette dernière aux autorités judiciaires compétentes, le procès consécutif à ce cas de violences conjugales engagé par Elisabeth Mauricette Messi a été classé sans suite favorable. Enlisée dans une sorte d'angoisse existentielle doublée d'un stress et d'un traumatisme permanents, cette femme mariée violentée n'a eu pour recours que d'émigrer en Occident et, singulièrement, au Canada, où elle se trouve actuellement auprès de ses proches qui y résident depuis des années. Voilà exposée, de manière exhaustive, la dure réalité de cette femme mariée violentée depuis 2019!
Par Serge Aimé BIKOI






