Commerce intra-africain : dans quelle mesure la sous-région Cémac peut convertir la ZLECAf en levier pour l’entrepreneuriat féminin

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre des perspectives réelles pour stimuler les échanges entre pays du continent. Mais pour l’expert en marketing bancaire et consultant stratégique Guy Gervais Bouanga, ces bénéfices ne profiteront pleinement aux femmes entrepreneures qu’à condition de bâtir un dialogue public-privé structuré, capable d’identifier leurs obstacles concrets et d’y apporter des réponses adaptées. 

C’est une analyse qui trouve un écho particulier dans l’espace Cémac, où l’intégration commerciale sous-régionale peine encore à décoller. Le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad partagent une même réalité : leurs échanges commerciaux s’orientent majoritairement vers l’extérieur du continent, loin devant les flux intra-régionaux. 

Dans ce contexte, les axes défendus par Guy Gervais Bouanga prennent une valeur d’alerte. Sans stratégie volontariste, la Cemac risque de rester spectatrice d’une dynamique continentale qu’elle pourrait pourtant capter, notamment via ses corridors routiers et ses ports comme Douala ou Pointe-Noire.

Cartographier les opératrices, un préalable encore absent

Le premier axe proposé par l’auteur, dresser une cartographie précise des femmes actives dans le commerce, fait cruellement défaut dans plusieurs pays de la sous-région. Les commerçantes transfrontalières, souvent actives dans l’informel, restent peu recensées par les administrations. Une telle cartographie, portée à l’échelle Cemac, permettrait aux institutions communautaires de mieux calibrer leurs politiques d’appui et de flécher les financements vers les filières où les femmes sont déjà majoritaires : vivrier, textile, transformation agroalimentaire.

Financement et formation : les points de blocage régionaux

L’accès au crédit demeure le principal frein identifié par Guy Gervais Bouanga, et la Cémac n’échappe pas à ce constat. Les garanties exigées par les banques classiques excluent une grande partie des opératrices économiques, malgré l’existence d’institutions sous-régionales comme la BDEAC

Un accompagnement renforcé en formation technique et managériale, couplé à des mécanismes de garantie adaptés aux réalités de l’entrepreneuriat féminin, pourrait débloquer une partie de ce potentiel encore inexploité.

Le numérique, une chance pour contourner les barrières physiques

Enfin, l’adoption des outils numériques et du commerce électronique, quatrième axe cité par l’auteur, offre une réponse concrète aux contraintes géographiques propres à la Cemac : distances importantes, infrastructures routières inégales, tracasseries aux frontières. Le développement de solutions de paiement mobile et de plateformes de vente en ligne permettrait aux entrepreneures de la sous-région de dépasser ces obstacles structurels et d’accéder directement aux marchés régionaux visés par la ZLECAf.

Reste à savoir si les États de la Cémac sauront transformer ce diagnostic en engagement institutionnel durable, à l’image du comité de pilotage évoqué par Guy Gervais Bouanga, pour faire de l’intégration commerciale un véritable moteur d’émancipation économique.

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