Au cœur de l’espace civique : des enquêteurs camerounais et tchadiens outillés pour documenter les violations des droits humains
Pendant deux jours, les 12 et 13 mars 2026, Douala a accueilli un atelier de formation inédit. Des enquêteurs issus du Cameroun et du Tchad se sont retrouvés autour d’un objectif commun : apprendre à surveiller, documenter et signaler les atteintes à l’espace civique avec rigueur et méthode. Une initiative portée par le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) dans le cadre de son projet de protection des défenseurs de première ligne en Afrique centrale.
Dès l’ouverture, le ton a été donné par le Sénateur Pierre Flambou Ngayap, qui a insisté sur la nécessité de remonter les violations vers les instances parlementaires, seules habilitées à interpeller les gouvernements et engager des réformes législatives. L’introduction générale, conduite par Marcel Mani, coordinateur des sessions, a posé les fondamentaux : qu’est-ce que l’espace civique ? Quelles libertés le composent ? Et surtout, comment distinguer une restriction d’une violation ?
C’est précisément sur ce point qu’Ange Batonda, participante et enquêtrice, tire une leçon essentielle : « La restriction est une limitation de possibilité, tandis que la violation est un empêchement de jouissance d’un droit prévu par la loi. » Pour elle, la formation a été décisive : « Je suis outillée pour protéger les droits humains. Il est important de toujours vérifier les informations et d’archiver les procédures. »
Le formateur principal, Philippe Nanga, coordinateur de ONG Un Monde Avenir, a ensuite animé une session participative autour des cinq étapes de la documentation : établir des contacts, vérifier les faits, cibler la surveillance, documenter sans nuire et rédiger des rapports circonstanciés. Sa question d’entrée — Pourquoi les défenseurs des droits humains existent-ils toujours ? — a structuré les échanges autour de la crédibilité et de la rigueur, valeurs cardinales de tout travail d’enquête.
La technologie au service de la documentation
Le second jour a marqué un tournant pratique avec la présentation d’une application mobile de collecte de données, développée par Univers Solutions. Son PDG, Narcisse Fotso, a expliqué la démarche : « Une fois l’application installée, chaque enquêteur peut se connecter et faire des déclarations de cas quand il est attaqué. » La plateforme, qui sera gérée depuis le siège du Redhac, vise à centraliser et sécuriser les informations remontées du terrain au Cameroun comme au Tchad.
Marcel Mani, responsable des programmes au Redhac, replace cette initiative dans une vision plus large : « Il faudra renforcer pour un plaidoyer régional et international. C’est la première étape — la formation des formateurs — pour qu’ils connaissent les droits de l’homme et se familiarisent avec la plateforme. »
Simulations d’entretiens, exercices d’encodage, travaux de groupe : les deux journées ont combiné théorie et pratique pour ancrer les réflexes d’une documentation éthique, sécurisée et exploitable. À l’issue de l’atelier, un mécanisme de coordination entre enquêteurs des deux pays a été jeté, première brique d’une architecture transnationale de veille civique.






