03 mai 2026 à Douala : quand la liberté de la presse interroge le secteur pétrolier
Le Réseau des Communicants des Secteurs Énergie, Mines et Hydrocarbures a réuni journalistes et acteurs pétroliers ce dimanche dans la salle polyvalente du siège de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp), pour une conférence-débat sur l’accès à l’information dans un secteur jugé trop opaque. C'était en près de la représentante du gouverneur du Littoral, Nicoline Ebune épse Markts Okolobi, chef de la Division du développement regional aux Services régionaux du Littoral.
C’est un dialogue longtemps différé qui s’est enfin tenu ce dimanche. L’occasion faisant le larron, la commémoration ce 03 mai 2026 de la 33ème Journée mondiale de la liberté de la presse a servi de prétexte au Réseau des Communicants des Secteurs Énergie, Mines et Hydrocarbures d’évoquer une question centrale : comment améliorer l’accès du public et des médias aux informations du secteur des hydrocarbures ? La Scdp, hôte de la rencontre, illustre à elle seule le paradoxe.
Société d’économie mixte détenue à 51 % par l’État, elle opère quatorze dépôts disséminés sur l’ensemble du triangle national, deux pipelines et assure des missions de stockage et de collecte de taxes. L’entreprise vise à porter ses capacités à 234 000 m³. Pourtant, peu de Camerounais connaissent son rôle de pivot logistique du secteur pétrolier aval. Son directeur général adjoint, Sa Majesté Gabriel Éteki Ébokolo, directeur général adjoint, représentant le directeur général de la Scdp, l’a reconnu sans ambages : « Il est toujours important que les hommes de médias rencontrent les entreprises, je dis surtout quand il s’agit du secteur des hydrocarbures, qui est un secteur où la communication peut paraître parfois inexistante », reconnaît-il.
Le délégué régional du ministère camerounais de l’eau et de l’énergie (MINEE) du Littoral, pour sa part, a rappelé que le cadre juridique et réglementaire du secteur existe et n’est pas fermé, ouvrant ainsi la voie à une meilleure collaboration avec la presse. Robert Mouthé Ambassa, qui a passé 34 ans au sein d’Elf, Total et Perenco Cameroon, a posé un avertissement aux entreprises : « Mal communiquer [en interne] peut coûter très cher. » Une communication défaillante, selon lui, expose les installations aux accidents et fragilise les investissements.
L’argument économique de la transparence
Jean Paul Tchomdou, expert en communication institutionnelle et de crise, est allé plus loin. Il a appelé à refonder la relation entre communicants d’entreprise et journalistes sur des bases durables, loin de toute logique purement transactionnelle. Les entreprises du secteur, a-t-il souligné, ont un devoir minimum de redevabilité : chiffre d’affaires, résultats, investissements prévus sont des informations dues au public. Il a aussi plaidé pour le développement de la bourse, levier de transparence forcée. « Plus vous considérez les journalistes, plus ils vous considèrent », a-t-il conclu, appelant par ailleurs les entreprises à former elles-mêmes les professionnels des médias aux réalités techniques du secteur. Le DGA de la Scdp a complété ce tableau : « On a besoin des journalistes pour communiquer, parce que sans eux on ne peut pas savoir ce qui se passe », tout en rappelant que la responsabilité est partagée des deux côtés du micro.
En clôture, Joseph Emmanuel Ba’ana, président du Réseau des Communicants des Secteurs Énergie, Mines et Hydrocarbures, a résumé l’enjeu : établir entre journalistes et managers de l’énergie « un climat de confiance de telle sorte qu’in fine le public soit édifié ». Une visite de presse dans les installations de la Scdp et d’autres entreprises du secteur est annoncée à une date ultérieure. Ce 03 mai n’est, selon lui, que « le point de départ d’une série d’activités » visant à rapprocher durablement médias et industrie pétrolière.






