Bagarre, beuverie et baisers en classe : trois établissements secondaires de Douala au cœur de déviances
Dimanche 1er février 2026, au lieu de profiter du repos dominical, le Pr Pauline Nalova Lyonga, ministre camerounais des enseignements secondaires, a convoqué une réunion de crise à Douala. Motif : trois établissements scolaires de l’arrondissement de Douala 4ème défrayent la chronique sur les réseaux sociaux. Lycée bilingue de Bonabéri, Collège du Levant et Lycée technique bilingue de Bonamatoumbè.
Ce sont trois écoles pour trois scandales, une même interrogation : que se passe-t-il dans nos salles de classe ? Devant le ministre des enseignements secondaires, les élèves incriminés, leurs parents, surveillants généraux et proviseurs défilent pour s’expliquer. Le tableau est édifiant.
Au Lycée bilingue de Bonabéri, tout part d’un sticker de cigarette. Un élève le publie en légende de la photo d’un camarade sur son statut WhatsApp. L’autre n’apprécie pas. La colère monte. Les poings volent. Et forcément, quelqu’un filme. La scène de bagarre en plein campus se retrouve sur la toile. Mais le Pr Nalova Lyonga ne s’arrête pas là. Face au proviseur, elle déplore l’effectif pléthorique de l’établissement : 6 625 élèves, selon les chiffres officiels. Comment encadrer convenablement une telle masse d’apprenants ? Grosse question que plusieurs personnes dans la salle se posent.
Au Lycée technique bilingue de Bonamatoumbè, l’affaire prend une autre tournure. Le 23 septembre 2025, une élève de 20 ans célèbre son anniversaire à sa façon. Profitant de l’absence de certains surveillants, elle franchit la barrière du lycée tôt le matin avec un litre de vin rouge de marque connue dissimulé dans son sac. En classe de Terminale IH, elle partage la bouteille avec sept camarades. La beuverie est filmée. Les images dorment quelques mois avant de surgir sur les réseaux sociaux en janvier 2026.
Au Collège du Levant, ce sont deux élèves qui s’embrassent langoureusement en pleine salle de classe. Encore une fois, la scène est filmée et diffusée. Particularité de cette affaire : les deux protagonistes et l’auteur de la vidéo brillent par leur absence à la réunion de crise. Seul le fondateur de cet établissement privé, Franck Happi, vient rendre des comptes.
Des responsabilités partagées et des solutions à l’ancienne
Pour un éducateur présent à la réunion, “les déviances sont dans l’air”. Mais elles deviennent graves quand elles investissent les salles de classe, ces espaces censés forger les citoyens de demain. Sa proposition : adopter une cartographie des risques. Ne pas négliger les commerçants de la cantine qui observent les comportements d’achat suspects, solliciter les gardiens, surveiller même les motos qui déposent les élèves. « L’identification des risques doit être participative », insiste-t-il.
Le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, ne mâche pas ses mots : la responsabilité est partagée. Il faut, selon lui, “revenir à la bonne vieille méthode”. Non pas le fouet, précise-t-il, mais “des punitions dignes de ce nom” pour éviter que ces actes déshonorent la région. Car ces déviances, filmées et partagées sans retenue, éclaboussent toute la région du Littoral.
Le Pr Nalova Lyonga ne fait pas dans la dentelle. Elle annonce un “réchauffement” et la mise en place de mesures liées à la “Clean School” - cette politique qui exige que les élèves soient “propres physiquement, moralement et intellectuellement”. Le ministre prévient : certains proviseurs ne prouvent pas qu’ils sont à la hauteur. « Je vais l’enlever ou le cacher. Je ne le cacherai pas », lance-t-elle sans détour. Si l’inadéquation est établie, le remplacement suivra. « Il y a tellement de gens qui le cherchent », glisse-t-elle, rappelant que les postes de responsabilité ne manquent pas de prétendants.
Les conseils de discipline ont statué, mais le ministère se réserve le droit d’accepter ou de rejeter leurs décisions. Le message est clair : la hiérarchie reprend la main. Le Pr Fabien Nkot, secrétaire général du minesec, rappelle opportunément qu’au plus haut niveau, le président Paul Biya a annoncé le 06 novembre 2025 la réouverture des concours d’entrée dans les écoles normales supérieures et écoles normales supérieures d’enseignement technique. Mille enseignants seront recrutés parmi les auditeurs libres, 2 500 élèves-professeurs seront formés. Un signal que l’État prend au sérieux la question de l’encadrement dans les établissements scolaires.
Reste à savoir si ces mesures suffiront à endiguer la vague de déviances qui submerge certains lycées et collèges. Entre effectifs pléthoriques, surveillance défaillante et exploitation des failles organisationnelles par les élèves, le défi est de taille. Cette réunion de crise aura au moins eu le mérite de poser crûment le diagnostic.






