Présidentielle 2025 / Les syndicats camerounais posent leurs conditions : « Nous représentons 71% des électeurs !»
Au siège de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc), au marché Mboppi, à Douala, l'atmosphère était électrique hier mercredi. Devant une assemblée de journalistes, Abraham Baboule, président de la Cstc, tenait dans ses mains un document qui pourrait bien redéfinir les enjeux de la présidentielle du 12 octobre 2025.

« Les organisations des travailleurs constituent un important bastion d'électeurs », à lancé d'emblée, le regard déterminé M. Baboule. Le message est clair : les confédérations syndicales camerounaises les plus représentatives ne comptent plus rester en marge des débats politiques.
Un mémorandum à destination des 12 candidats
C'est un véritable cahier des charges, un mémorandum signé conjointement par les poids lourds du syndicalisme camerounais : outre sieur Baboule, on retrouve les signatures de Flaubert Moussole (Ccwtu), Bissala Isaac (Ugtc), Mikou Joseph (Csac) et Ndzana Olongo Gilbert (Csic).
« Nous voulons simplement que les différents candidats dans leurs programmes de société tiennent compte de l'aspect social », explique Abraham Baboule. Derrière cette formulation syndicale, se cache une réalité plus tranchante. Il est question d’en finir avec le temps où les travailleurs camerounais acceptaient d'être "marginalisés dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques".
Quatre piliers non-négociables
Les revendications s'articulent autour de quatre axes stratégiques qui touchent au quotidien de millions de Camerounais. Premier cheval de bataille : l'amélioration du pouvoir d'achat. Les syndicats réclament une réforme en profondeur de la fiscalité sociale, notamment la suppression de l'IRPP sur les indemnités de fin de carrière. Ils exigent également une politique concrète pour stabiliser les prix des produits de première nécessité et combattre l'inflation galopante.
Les trois autres piliers concernent la politique nationale d'emploi et de formation professionnelle, la protection sociale, et l'instauration d'un "véritable dialogue social tripartite, régulier et contraignant" entre gouvernement, patronat et syndicats.
Flaubert Moussole, président de la Ccwtu, ne mâche pas ses mots. « C'est quand même 71% ! ». Cette statistique, brandie comme un étendard, rappelle que les travailleurs représentent une force électorale considérable. « On ne va pas se considérer comme si on n'était pas capable de donner un mot d'ordre », avertit-il, laissant planer la menace d'une consigne de vote.
Mais pour l'heure, la stratégie reste celle de la neutralité active. « Nous ne soutenons aucun candidat pour le moment et ne faisons campagne pour personne », précise le mémorandum. Les syndicats préfèrent jouer la carte de l'attente, observant qui, parmi les prétendants à la magistrature suprême, prendra au sérieux leurs revendications.
Une campagne sous surveillance syndicale
Dès ce jour, le mémorandum sera remis en main propre à chacun des douze candidats. Les confédérations syndicales se posent ainsi en observatrices attentives de la campagne électorale, scrutant les programmes pour y déceler les traces de leurs préoccupations. « Nous serons attentifs au déroulement de la campagne », prévient Abraham Baboule.
Cette conférence de presse marque un tournant dans l'approche syndicale de la politique camerounaise. Les douze candidats à l’assaut du Palais de l’Unité sont prévenus : ils devront compter avec la voix des travailleurs.